Le rapprochement diplomatique entre le Mali et l'Algérie, officialisé le 15 juillet 2026 par une déclaration conjointe à Alger, porte la marque de la Russie, selon plusieurs sources diplomatiques africaines et occidentales. Ce rapprochement, qui met fin à plusieurs mois de tensions frontalières, vise à contrer l'influence française au Sahel et à renforcer la présence russe dans la région.
Les dessous de l'accord
L'accord prévoit la réouverture de la frontière entre les deux pays, fermée depuis 2023, ainsi que le rétablissement des liaisons aériennes et une coopération sécuritaire renforcée. Selon un diplomate malien ayant requis l'anonymat, « la Russie a joué un rôle clé dans la médiation, en proposant un cadre de négociation acceptable pour les deux parties ». La Russie aurait notamment offert une garantie de sécurité aux deux pays, en échange d'un accès privilégié aux ressources minières du nord du Mali.
Un contexte de rivalités régionales
Ce rapprochement intervient alors que la France a annoncé le retrait de ses forces de l'opération Barkhane au Mali en 2025, laissant un vide sécuritaire que la Russie cherche à combler. L'Algérie, historiquement proche de la Russie, voit dans ce rapprochement un moyen de renforcer son influence au Sahel, tout en limitant l'expansion du groupe État islamique au Grand Sahara (EIGS). Selon le chercheur Ahmed Bencheikh, spécialiste du Sahel, « la Russie utilise l'Algérie comme cheval de Troie pour étendre son influence dans la région, tout en fragilisant les positions françaises ».
Des conséquences économiques et sécuritaires
L'accord prévoit également la création d'une zone économique conjointe dans les régions frontalières, visant à stimuler les échanges commerciaux. Le Mali, qui a vu ses exportations d'or chuter de 15 % en 2025 en raison de l'instabilité, espère attirer des investissements russes dans le secteur minier. En contrepartie, la Russie obtiendrait des concessions sur l'exploitation de l'uranium et du lithium dans le nord du Mali, selon des documents consultés par Le Monde.
Sur le plan sécuritaire, les deux pays s'engagent à coordonner leurs opérations contre les groupes jihadistes, notamment dans la région de Kidal. L'Algérie a déjà déployé 500 soldats supplémentaires à sa frontière sud, tandis que le Mali a accepté la présence d'observateurs russes dans ses bases militaires du nord.
Réactions internationales
La France a exprimé sa « préoccupation » face à ce rapprochement, estimant qu'il « fragilise les efforts de stabilisation régionale ». Les États-Unis, par la voix de leur ambassadeur à l'ONU, ont appelé à la « transparence » sur les accords conclus. La Russie, quant à elle, a salué « une avancée majeure pour la paix et la coopération au Sahel ».
L'Union africaine a pris acte de l'accord, tout en rappelant l'importance de respecter la souveraineté des États. Le président malien, Assimi Goïta, a déclaré lors de la signature : « Ce rapprochement est une victoire pour le peuple malien et algérien, et un pas vers une Afrique libérée des ingérences étrangères. »
Quel avenir pour la région ?
Si l'accord semble bénéfique à court terme pour les deux pays, les experts s'interrogent sur ses conséquences à long terme. La montée en puissance de la Russie au Sahel pourrait exacerber les tensions avec les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso, qui entretiennent des relations complexes avec Alger. Par ailleurs, l'absence de la France dans la médiation pourrait compliquer la mise en œuvre de l'accord, Paris conservant une influence via ses bases au Niger et au Tchad.
Selon l'ONG International Crisis Group, « la Russie gagne une position stratégique au Sahel, mais au risque d'alimenter une nouvelle guerre froide régionale entre puissances étrangères ». L'avenir dira si ce rapprochement marque le début d'une nouvelle ère de coopération ou d'une compétition accrue pour le contrôle des ressources et des routes migratoires.



