Dans une tribune publiée par Le Point, l'historien et essayiste Nicolas Baverez dresse un constat sans appel : l'Amérique latine opère un virage politique majeur vers la droite. Après des années de gouvernements de gauche, la région connaît une vague conservatrice sans précédent depuis la fin des dictatures militaires.
Un basculement électoral historique
Baverez rappelle que plusieurs élections récentes ont vu la victoire de candidats libéraux ou conservateurs. En Argentine, Javier Milei, un économiste libertarien, a remporté la présidence en novembre 2023 avec 55,7 % des voix au second tour. Au Brésil, Jair Bolsonaro a perdu de justesse face à Lula en 2022, mais l'ancien président reste une figure influente. Au Chili, Gabriel Boric, élu en 2021, a dû composer avec une droite puissante. En Équateur, Daniel Noboa, un jeune homme d'affaires de droite, a été élu en 2023. En Uruguay, le candidat de droite Luis Lacalle Pou a été réélu en 2024.
Les causes du virage
Selon Baverez, ce changement s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, l'échec des politiques de gauche qui ont conduit à des crises économiques, comme au Venezuela ou en Argentine. Ensuite, la montée de l'insécurité et de la criminalité, qui pousse les électeurs vers des discours autoritaires. Enfin, la lassitude face à la corruption, qui a touché aussi bien la gauche que la droite. Baverez cite notamment le cas du Pérou, où l'ancien président Pedro Castillo, de gauche, a été destitué et emprisonné pour tentative de coup d'État.
Une droite plurielle
L'historien distingue plusieurs courants au sein de cette nouvelle droite latino-américaine. Il y a une droite libérale, incarnée par Milei, qui prône le libre-échange et la baisse des impôts. Une droite conservatrice, comme celle de Bolsonaro, qui défend les valeurs traditionnelles et une politique sécuritaire dure. Et une droite pragmatique, comme celle de Noboa, qui cherche à concilier réformes économiques et stabilité politique. Baverez souligne que cette diversité reflète la complexité de la région.
Des défis immenses
Malgré cette victoire électorale, la droite latino-américaine fait face à des obstacles majeurs. La pauvreté touche encore 30 % de la population, selon la CEPAL. Les inégalités restent parmi les plus élevées du monde. La violence liée au narcotrafic gangrène des pays comme le Mexique, la Colombie ou l'Équateur. Baverez estime que les nouveaux dirigeants devront concilier réformes libérales et protection sociale pour éviter un retour de la gauche. Il cite en exemple le Chili, où le gouvernement de droite de Sebastián Piñera a su maintenir une croissance stable tout en augmentant les dépenses sociales.
Un impact géopolitique
Ce virage à droite a des conséquences internationales. Les nouveaux dirigeants sont souvent pro-américains et hostiles au Venezuela et au Nicaragua. Milei a déjà annoncé qu'il romprait les relations diplomatiques avec la Chine si nécessaire. Baverez note que cela pourrait affaiblir l'influence de la Chine et de la Russie dans la région. En revanche, les relations avec l'Union européenne et les États-Unis pourraient se renforcer, notamment dans les domaines du commerce et de l'investissement.
En conclusion, Nicolas Baverez estime que l'Amérique latine vit un moment historique, mais que la droite doit prouver sa capacité à gouverner efficacement pour ne pas décevoir les attentes des électeurs. L'avenir dira si ce virage sera durable ou s'il ne s'agit que d'un cycle électoral de plus.



