Michael Olise : l'énigme du Français de l'étranger qui a choisi les Bleus
Michael Olise : l'énigme du Français de l'étranger

Michael Olise, la nouvelle star de l'équipe de France de football, n'a jamais vécu dans notre pays. Né à Londres d'un père anglo-nigérian et d'une mère franco-algérienne, il avait le choix entre quatre équipes nationales. Son choix singulier de jouer avec les Bleus - qui jouent ce jeudi leur place en demi-finale de Coupe du Monde - s'explique notamment par le prestige de l'équipe, dont nous ne percevons pas toujours la puissance.

Un talent unique révélé tardivement

Le Mondial de 2018 a révélé la classe hors-norme de Kylian Mbappé et l'Euro de 2024 a été le théâtre de l'éclosion fulgurante de l'Espagnol Lamine Yamal. Le Mondial actuel met en valeur les talents prodigieux de Michael Olise. Dans un rôle de meneur de jeu flottant, il a déjà marqué les esprits, que la France remporte la compétition ou pas.

Michael Olise est arrivé sur la scène française presque en catimini. Il a participé aux Jeux olympiques de Paris en 2024. Sous le management de Thierry Henry, lui-même champion du monde en 1998, les Bleus sont parvenus en finale. Jusqu'alors, Olise était largement inconnu du public français.

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Olise a métamorphosé le jeu des Bleus par sa technique, ses dribbles, son sens du placement et le génie de ses passes décisives. Il est devenu le meneur de jeu d'une équipe qui recherchait un distributeur pour nourrir une attaque hors pair emmenée par Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé et Désiré Doué.

Un parcours atypique entre cricket et football

Né à White City (ouest de Londres) et éduqué à Hayes (banlieue sud de Londres), Michael était un excellent coureur de fond et avait une prédilection pour le cricket. Son père, Vincent, a été un joueur de cricket pour l'équipe nationale du Nigeria. Olise a donc cheminé dans un environnement familial culturellement anglophone et féru de cricket.

Le football a cependant toujours été présent dans sa vie. Dès l'âge de huit ans, il est à l'essai à Arsenal, puis, un an plus tard, il rejoint Chelsea où il est formé pendant sept ans. Il fait un passage éclair à Manchester City (2016-2017), puis s'établit à Reading en 2017. Il y débute sa carrière professionnelle en 2019, et y joue jusque 2021.

Introverti et contemplatif, Michael Olise peine à s'intégrer dans les grandes équipes anglaises, ultra-compétitives et saturées de talents. Il se sent bien à Reading, club de deuxième division. C'est à Crystal Palace qu'il se révèle entre 2021 et 2024. Patient, il a préféré jouer dans des clubs de moindre prestige plutôt que d'être remplaçant dans un club de l'élite.

Remarqué par le Bayern Munich, Olise rejoint le grand club bavarois en 2024. Sur son aile droite, ses prouesses techniques régalent les fans allemands. Cette excellence lui vaut de recevoir le titre de meilleur joueur de la Bundesliga pour la saison 2025-2026 : une consécration.

Le choix de la France : une énigme

Et l'équipe de France ? C'est le cœur de l'énigme Olise. Il joue pour la France en 2019 pour les moins de 18 ans, puis les moins de 21 ans, et fait le choix décisif de rejoindre les Bleus lors du tournoi olympique en 2024. Quelques mois auparavant, Gareth Southgate, le sélectionneur anglais, lui faisait savoir qu'il souhaitait l'intégrer dans l'équipe nationale pour jouer l'Euro en Allemagne. Cette invitation aurait flatté tout autre joueur. Michael a refusé l'offre et répondu qu'il souhaitait depuis toujours jouer pour l'équipe de France.

Pourquoi la France ? Michael Olise a répondu à la question, avec des propos laconiques qui amusent tant les médias britanniques. Il a affirmé que des liens sentimentaux très forts l'unissaient à la France, à travers sa mère, avec qui il converse en français. Olise ne connaît guère la France où il n'a jamais vécu, n'a jamais été scolarisé et où il n'a jamais joué en club. Ces faits font de lui un footballeur unique dans l'histoire de l'équipe nationale. Les Bleus sont pour lui un rêve d'enfant : il se dit fasciné par Zinédine Zidane et Thierry Henry.

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Une catégorie de Français à part

Michael Olise révèle une autre facette de l'identité française : celle d'un Français de l'étranger, qui n'a jamais vécu en France et qui s'y rend épisodiquement pour rendre visite à sa famille. Il est entré dans la communauté nationale à travers sa mère (liens du sang) et le football. Sa « communauté affective » (notion forgée par le sociologue Maurice Halbwachs) est vive, riche et plurielle. Mais c'est celle d'un Français de l'étranger, et non celle d'un Français de France parti jouer à l'étranger.

L'habitus social d'Olise est londonien : son look, ses goûts musicaux et culturels, mais surtout son accent sont typiques de la capitale. Il parle le Multicultural London English (MLE), un accent multiethnique, qui fusionne le franc-parler cockney de la classe ouvrière blanche du East-End de Londres avec des intonations mixtes caribéennes, d'Afrique de l'Ouest et d'Asie du Sud. Le MLE n'est pas un argot, mais une pratique de la langue anglaise des minorités ethniques londoniennes.

Michael Olise fait partie des 400 000 Français qui résident à Londres. La plupart ne sont pas des « expats » de la finance ou de la diplomatie, mais des Français des classes populaires ou moyennes qui se sont établis au Royaume-Uni pour y vivre leur vie. Nombre d'entre eux ont formé des couples mixtes et leurs enfants, nés à Londres, grandissent dans un environnement pluriculturel et plurilinguistique. Ces Français de l'étranger n'appartiennent pas à la diaspora et ne sont pas des enfants d'immigrés nés en France. Ils forment une catégorie de Français à part, inconnue des Français de France.

L'énigme Olise et le soft power français

L'énigme Olise met à mal les deux représentations stéréotypées de l'équipe de France actuelle. À droite et à l'extrême droite, certains regrettent la surreprésentation des joueurs de couleur, à travers des commentaires ouvertement racistes. Ces joueurs sont tolérés s'ils jouent bien et s'ils s'abstiennent de toute prise de parole publique en dehors du football. Dans la gauche radicale, le football, décrit comme un milieu « capitaliste, sexiste, homophobe et raciste », les joueurs noirs de l'équipe de France sont perçus comme systématiquement victimes de racisme et traités avec paternalisme. Si des situations de racisme ont existé et existent encore, ce tableau décolonial et misérabiliste frappe par sa méconnaissance du milieu du football : il y a aujourd'hui moins de racisme dans le football que dans la société, et les joueurs français sont célèbres et appréciés par les amateurs de football.

L'énigme Olise éclaire le paradoxe d'un pays qui produit le plus grand nombre de joueurs talentueux dans le monde (99 joueurs qui participent à cette Coupe du Monde ont été formés en France, dont une large majorité en région parisienne), mais qui ne saisit pas que son football, ses joueurs, son palmarès et son style de jeu suscitent l'admiration du monde entier. Le football français a un potentiel immense en matière de soft power, plus encore que sa cuisine ou son cinéma. Le prestige du football français est manifestement ce qui a attiré Michael Olise chez les Bleus. Mais qui, dans la politique professionnelle française, l'a compris ?