Ce lundi, l’émissaire de Donald Trump Jeff Landry a rencontré le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen. L’échange a été qualifié de « constructif » mais n’a pas modifié la position américaine.
« C’était une réunion constructive, où l’on a pu dialoguer dans un bon esprit et avec un grand respect mutuel », a déclaré à la presse le chef du gouvernement groenlandais, qualifiant cette entrevue de « rencontre de courtoisie ».
« Nous avons clairement rappelé que le peuple groenlandais n’était pas à vendre et que les Groenlandais avaient droit à l’autodétermination. Ce n’est pas un sujet de négociation », a souligné Nielsen. Il a constaté que « cette réunion n’a montré aucun signe que quoi que ce soit ait changé » dans la position américaine.
« Notre point de départ n’a pas changé. Nous avons notre ligne rouge. Le point de départ des Américains n’a pas changé non plus », a renchéri le ministre des Affaires étrangères, Mute Egede.
Selon Mikaa Blugeon-Mered, chercheur senior en géopolitique à l’Université du Québec, « le compte-rendu de la rencontre donné par Jens-Frederik Nielsen et Mute Egede est éloquent : la position des États-Unis, portée par Jeff Landry, n’a pas changé par rapport aux déclarations de Donald Trump de janvier ».
« Sur la forme, cette méthode où Jeff Landry s’est imposé aux autorités groenlandaises, en marge d’une conférence et de l’inauguration du nouveau consulat des États-Unis à Nuuk, prévue depuis plusieurs mois, est une escalade », ajoute-t-il.
La venue de l’émissaire américain intervient à un moment délicat côté danois, dépourvu de gouvernement depuis les élections législatives du 24 mars, les tractations entre partis n’ayant pas permis d’aboutir à une coalition majoritaire.
Après un début d’année marqué par les velléités du président américain de « prendre le contrôle » de l’île arctique, territoire autonome danois, Copenhague et Nuuk ont obtenu la constitution d’un groupe de travail pour discuter des préoccupations des États-Unis, notamment quant à leur présence militaire. « Les discussions ont lieu au sein du groupe de travail », a souligné Mute Egede. « Nous n’allons pas avoir des discussions parallèles ».
Jeff Landry a atterri dimanche à Nuuk où il va assister à un forum économique organisé dans la capitale groenlandaise les 19 et 20 mai avant de participer à l’inauguration des nouveaux locaux du consulat américain sur l’île. À l’aéroport, un petit nombre de Groenlandais avait fait le déplacement pour voir son arrivée, tenant des drapeaux groenlandais en guise de protestation, selon les images des médias locaux.
Interrogé par la télévision danoise TV2, il a affirmé être au Groenland pour « explorer les manières de renforcer (s)a relation » avec les États-Unis, notamment en terme commercial. « J’ai parlé avec (Trump) hier soir et il m’a dit "vas-y et fais-toi un groupe de nouveaux amis" », a-t-il ajouté.
Pour les Groenlandais, « il est très difficile d’accepter que Landry veuille "se faire des amis" alors que Trump fait preuve d’une telle agressivité », souligne Ulrik Pram Gad, chercheur à l’Institut danois pour les études internationales (DIIS). Selon lui, pour Nuuk, la rencontre a permis de « renforcer la légitimité de la voie diplomatique et de montrer que le Groenland ne fait pas obstacle à la résolution du problème ».
Landry est accompagné d’une délégation d’une dizaine de personnes parmi lesquelles un médecin, chargé d’évaluer les pratiques de santé des Groenlandais, a-t-il dit à TV2. Pour la ministre groenlandaise de la santé, Anna Wangenheim, « c’est profondément problématique que des personnes ayant pour mission politique de faire du Groenland une partie des États-Unis envoient un soi-disant médecin volontaire à Nuuk pour évaluer nos besoins », a-t-elle écrit sur LinkedIn. « Les Groenlandais ne sont pas des cobayes dans un projet géopolitique », a-t-elle insisté.



