Au Kenya, une nouvelle forme de violence politique émerge : les «goons», des gangs armés recrutés pour intimider et attaquer les opposants au président William Ruto. Selon une enquête de Liberation, ces groupes opèrent en toute impunité, semant la terreur dans les quartiers populaires de Nairobi et d'autres villes.
Une violence organisée et revendiquée
«Notre travail, c'est d'inspirer la peur», confie un jeune membre d'un de ces gangs sous couvert d'anonymat. Ces «goons» sont souvent des jeunes chômeurs, recrutés moyennant quelques milliers de shillings kenyans (environ 20 à 50 euros) pour mener des attaques ciblées. Depuis le début de l'année 2024, au moins 15 personnes ont été tuées et des dizaines blessées dans des attaques attribuées à ces groupes.
Les victimes sont souvent des militants de l'opposition, des journalistes ou des citoyens ordinaires suspectés de soutenir l'opposition. «Ils arrivent à moto, en groupe, frappent et disparaissent», témoigne un habitant de Kibera, un bidonville de Nairobi. La police, quant à elle, ferme souvent les yeux.
Un contexte électoral tendu
Cette violence s'inscrit dans un climat politique délétère, à l'approche des élections générales de 2027. Le président William Ruto, au pouvoir depuis 2022, fait face à une opposition grandissante menée par Raila Odinga. Les «goons» sont accusés de cibler les rassemblements de l'opposition et de perturber les meetings politiques.
Selon des sources locales, ces gangs bénéficient de la protection de certains responsables politiques locaux. «Ils sont payés par des hommes d'affaires proches du pouvoir», affirme un avocat spécialisé dans les droits humains. Le gouvernement dément toute implication, mais les preuves s'accumulent.
Une impunité quasi totale
Malgré les plaintes déposées, très peu d'arrestations ont eu lieu. «La police ne fait pas son travail, soit par peur, soit par complicité», dénonce une ONG locale. Les «goons» agissent souvent en plein jour, sous les yeux des passants, sans craindre les forces de l'ordre.
Un rapport de Human Rights Watch publié en mars 2024 a documenté 22 cas d'attaques de «goons» dans cinq comtés différents. L'organisation appelle la communauté internationale à faire pression sur le gouvernement kenyan pour qu'il mette fin à ces pratiques.
Un phénomène qui s'étend
Si les «goons» sont surtout actifs à Nairobi, le phénomène gagne d'autres régions, comme Kisumu ou Mombasa. «C'est une stratégie délibérée pour étouffer toute contestation avant les élections», analyse un politologue. Les réseaux sociaux sont également utilisés pour diffuser des menaces et des images de violence, amplifiant la terreur.
En réponse, la société civile tente de s'organiser. Des collectifs citoyens patrouillent dans les quartiers pour dissuader les attaques. Mais face à l'ampleur de la violence, beaucoup se sentent impuissants. «Nous avons peur, mais nous ne nous tairons pas», promet un jeune manifestant.



