Dans un entretien accordé à BibliObs, Eric Vuillard, prix Goncourt 2017 pour « L'Ordre du jour », revient sur son dernier ouvrage « Les Orphelins » et dresse un parallèle saisissant entre la figure légendaire de Billy the Kid et les voyous contemporains de la DZ Mafia. Selon lui, la violence trouve ses racines dans des déterminismes sociaux.
Billy the Kid, une figure de désobéissance
Interrogé sur son intérêt pour Billy the Kid, Eric Vuillard explique : « Dans la légende consensuelle et rentable du petit desperado, il existe une dimension réfractaire. Et elle n'est pas dépourvue de charme. Le refus d'assimilation de Billy et de ses camarades, leur violence elle-même, sont une forme à la fois radicale et vaine de désobéissance. »
L'écrivain souligne que le parcours de Billy the Kid, de petit délinquant à voleur puis meurtrier avant de devenir une légende, illustre comment la violence peut émerger d'un contexte social défavorable. « Les voyous ont une origine sociale », affirme-t-il, insistant sur le fait que la criminalité n'est pas une simple question de choix individuel mais souvent le résultat de circonstances économiques et culturelles.
Parallèle avec la DZ Mafia
Eric Vuillard applique la même analyse à la DZ Mafia, organisation criminelle marseillaise. Il observe que ses principaux dirigeants, souvent issus de quartiers défavorisés, reproduisent des schémas de violence similaires à ceux du Far West américain. « La DZ Mafia est un produit de son environnement, tout comme Billy the Kid était le produit du Nouveau-Mexique du XIXe siècle », déclare-t-il.
L'auteur note que la légende dorée de Billy the Kid, construite par les médias et la culture populaire, trouve un écho dans la fascination médiatique pour les figures du crime organisé à Marseille. « On vend du mythe, mais on oublie la réalité sociale », regrette-t-il.
La violence comme symptôme
Pour Vuillard, la violence des voyous est avant tout un symptôme de dysfonctionnements sociétaux. Il cite en exemple la cité de la Busserine, dans les quartiers Nord de Marseille, où une mère et ses enfants regagnent leur immeuble dont l'entrée était un ancien point de deal, le 31 mars 2026. Cette image, selon lui, illustre la persistance de la pauvreté et de l'exclusion.
« On ne naît pas criminel, on le devient », insiste-t-il, reprenant une formule célèbre. L'écrivain appelle à une prise de conscience collective sur les causes structurelles de la délinquance, plutôt qu'à une simple répression. « Il faut s'attaquer aux racines, pas seulement aux branches », conclut-il.
Un regard sur l'Amérique et la France
Le parallèle entre Billy the Kid et la DZ Mafia permet à Vuillard d'explorer les mécanismes de la violence dans deux contextes historiques et géographiques différents. Il y voit une constante : la marginalisation et l'absence de perspectives poussent certains individus vers la criminalité. « L'Amérique de la fin du XIXe siècle et la France du XXIe siècle partagent cette même faille », analyse-t-il.
L'entretien, publié le 9 juillet 2026, s'inscrit dans une édition de la semaine consacrée à la « DZ Mafia, anatomie d'un cartel ». Eric Vuillard y apporte une réflexion littéraire et sociologique qui dépasse le simple fait divers.



