Dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), l'épidémie d'Ebola frappe durement les femmes enceintes et leurs bébés. Selon un rapport de l'ONG International Rescue Committee (IRC) publié mercredi 8 juillet, le taux de mortalité chez ces patientes atteint près de 100 % dans les zones touchées.
Une vulnérabilité extrême face au virus
L'étude, menée dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, montre que sur 85 femmes enceintes infectées par le virus Ebola entre août 2018 et juin 2020, seules deux ont survécu. Les nouveau-nés, quant à eux, n'ont présenté aucun cas de survie. « Les femmes enceintes et leurs bébés sont particulièrement vulnérables face à cette épidémie », a déclaré le Dr. Michel Yao, responsable des opérations d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en RDC.
Les causes de cette mortalité alarmante
Plusieurs facteurs expliquent ce taux de mortalité exceptionnel. D'une part, les femmes enceintes ont un système immunitaire affaibli, ce qui les rend plus sensibles aux infections. D'autre part, les symptômes d'Ebola, comme les saignements, peuvent être confondus avec des complications de la grossesse, retardant ainsi le diagnostic et la prise en charge. « Beaucoup de femmes arrivent à l'hôpital dans un état critique, souvent après avoir consulté des tradipraticiens », explique le Dr. Yao.
Un accès aux soins limité dans les zones de conflit
L'est de la RDC est en proie à des violences armées depuis des décennies, ce qui complique l'accès aux soins. Les centres de traitement d'Ebola sont souvent difficiles d'accès pour les femmes enceintes, en raison de l'insécurité et du manque de moyens de transport. « Les femmes doivent parfois marcher des heures pour atteindre un centre de santé, ce qui aggrave leur état », souligne le rapport de l'IRC.
Des protocoles de traitement inadaptés
Les traitements expérimentaux contre Ebola, comme les anticorps monoclonaux, n'ont pas été testés sur les femmes enceintes, car elles sont généralement exclues des essais cliniques. « Il y a une réticence à inclure les femmes enceintes dans les essais, par peur de nuire au fœtus, mais cela les prive de traitements potentiellement salvateurs », dénonce le Dr. Yao. L'OMS recommande désormais d'inclure les femmes enceintes dans les essais cliniques, sous certaines conditions.
Des conséquences psychologiques et sociales dévastatrices
Au-delà de la mortalité, l'épidémie a des répercussions psychologiques et sociales importantes. Les femmes qui survivent sont souvent stigmatisées et rejetées par leur communauté. « Elles perdent leur mari, leur famille, et se retrouvent isolées », témoigne une travailleuse sociale de l'IRC. De plus, les nourrissons orphelins sont pris en charge par des structures d'accueil, mais ces dernières sont débordées.
Des appels à une action urgente
Face à cette situation, les organisations humanitaires appellent à une intensification des efforts. « Il est crucial de former le personnel de santé à reconnaître les signes d'Ebola chez les femmes enceintes et à adapter les protocoles de traitement », insiste le Dr. Yao. L'IRC recommande également de renforcer la sensibilisation dans les communautés et d'améliorer l'accès aux soins pour les femmes enceintes dans les zones touchées.
L'épidémie d'Ebola dans l'est de la RDC, déclarée en août 2018, a fait plus de 2 200 morts. Bien que l'OMS ait annoncé la fin de l'épidémie en juin 2020, des cas sporadiques continuent d'être signalés, et les femmes enceintes restent une population particulièrement à risque.



