Dans le cadre de la campagne nationale « Moins de routes, plus de trains », le collectif franco-italien « 1 tunnel e basta » organise un événement festif les 30 et 31 mai 2026 pour dire non au réalésage du tube historique du tunnel de Tende. Le collectif, soutenu par une vingtaine d'associations franco-italiennes, estime que le projet de doublement du tunnel routier doit être abandonné « pour que les vallées de la Roya et de la Vermenagna restent respirables ».
Un projet contesté depuis des années
Jusqu'en 2020, le passage était assuré par le tunnel historique, inutilisé depuis la tempête Alex. Un nouveau tunnel a été ouvert à la circulation en alternance à l'été 2025 et interdit pour l'instant aux camions. « Ce tunnel suffit ! », résume le collectif, qui craint que l'agrandissement du tube historique et sa remise en service – synonyme de circulation dans les deux sens – ne transforment les deux vallées en « couloir à poids lourds », à l'image de Chamonix et de la Maurienne.
Même si l'arrêté interdisant la circulation des plus de 19 tonnes sur la RD6204 n'a pas été abrogé, les opposants estiment que le doublement menace la qualité de vie des milliers d'habitants, le patrimoine paysager et écologique de ces deux vallées et leur attractivité touristique. Ces territoires reliés par le tunnel accueillent les parcs naturels des Alpi Marittimi et du Mercantour, plusieurs zones Natura 2000, ainsi que les gravures rupestres du mont Bégo.
Les risques pointés par les opposants
Les militants expriment leur veto pour éviter plusieurs menaces. L'explosion de l'insécurité routière, d'abord, au regard de la dangerosité de l'axe routier menant au tunnel et de la fréquentation : durant l'été 2025, il est arrivé qu'un véhicule y circule toutes les 16 secondes. À leurs yeux, le doublement représentera « un désastre en termes de pollutions de l'air, de l'eau et de nuisances sonores ». Mais aussi « une menace envers un réservoir de biodiversité exceptionnel », alors que 42 % de la flore indigène de France et 9 000 variétés animales se trouvent dans le seul secteur du Mercantour.
Sur le plan géologique, les opposants notent un risque important de glissements de terrain, que les poids lourds ne feraient que renforcer. Le collectif souhaite également éviter un nouveau scandale financier, « le chantier ayant fait l'objet de nombreux éboulements, malversations et dérapages budgétaires, passant de 170 millions d'euros à l'origine à près de 400 millions au final ».
Plus largement, « 1 tunnel e basta » considère ce chantier comme déconnecté des enjeux contemporains, et même « contraire aux objectifs de la transition écologique et aux mesures de la Convention alpine internationale pour la protection des Alpes signée par huit pays, dont la France ».
Quatre revendications précises
Le collectif exprime quatre requêtes : renoncer à l'agrandissement du tunnel et maintenir la circulation actuelle par alternance ; transférer le financement prévu pour le doublement du tunnel vers l'amélioration de la ligne ferroviaire Nice/Cuneo/Turin ; adapter les horaires et fréquences de trains aux besoins de la population ; réserver l'usage du tunnel historique aux déplacements doux et aux services d'urgence.
Mobilisation et pétition
Rendez-vous est donné samedi 30 mai 2026, de 11 heures à 16 heures, à La Brigue, pour un stand ludique sur l'impact de la pollution routière. Puis, de 18 heures à 23 heures, au Resto paysan (Breil) pour une conférence flash et des concerts. Avant la « vélorution » prévue dimanche, de 10 h 30 à 13 heures, entre les gares de Vievola et de Saint-Dalmas.
Pour accompagner la mobilisation, le collectif a lancé une pétition sur le site change.org. Baptisée « Sauvons les vallées de la Roya et de la Vermenagna ! Non au doublement du tunnel de Tende », elle sera transmise au premier ministre et au ministre des Transports. À la mi-journée, ce mercredi, elle avoisinait les 840 signatures.
La position du ministre des Transports
Dans une lettre du 25 février adressée à l'association Roya expansion nature (REN) – en réponse à un courrier de 2025 demandant l'abandon du réalésage du vieux tunnel au profit du train – le ministre des Transports, Philippe Tabarot, maintient sa position. Il rappelle que l'opération de réalésage du tube historique et de percement d'un tube neuf a fait l'objet d'un accord entre la France et l'Italie signé le 12 mars 2007. Selon lui, l'ouverture à la circulation du tube neuf, avec des modalités d'alternat, au mois de juin dernier, a été accueillie avec soulagement par tous les habitants comme une première étape pour répondre au besoin du territoire. Il estime que le réalésage du tube historique apparaît aujourd'hui indispensable pour la sécurité des usagers, la fluidité de la circulation, et sa résilience.
Le ministre glisse que d'après les experts, « l'opération de régénération de la ligne ferroviaire s'élèverait à 100 millions d'euros ». Sans surprise, la réponse ne satisfait pas REN. Selon elle, la sécurité est déjà assurée par les by-pass entre les deux tunnels. « Le trafic routier au col de Tende était déjà anormalement dense avant le projet de doublement, avance-t-elle par ailleurs. Les seules mesures qui permettraient au tunnel d'être résilient consistent à s'assurer qu'en aucun cas le trafic routier ne sera augmenté. »



