Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, les crimes de guerre contre les populations civiles sont devenus une arme systématique. Tortures, violences sexuelles, assassinats et déportations d'enfants visent à semer la terreur et à réprimer la résistance ukrainienne.
Des ONG en première ligne
Des dizaines d'organisations non gouvernementales (ONG) se mobilisent pour documenter ces crimes, recueillir des témoignages et protéger les preuves. Mais ce travail est compromis par la décision du président américain Donald Trump, qui, dès son arrivée au pouvoir en janvier 2025, a suspendu le financement de ces organisations à hauteur de dizaines de millions de dollars et a fermé l'Agence américaine pour le développement international (USAID). Cette décision a également mis fin à un programme de 62 millions de dollars destiné à renforcer le système judiciaire ukrainien, selon une source proche des opérations de l'USAID citée par Reuters.
Ces coupes budgétaires sont un coup dur pour les ONG, qui dépendent largement de l'aide américaine. Selon Reuters, qui a examiné des communiqués publics et des documents gouvernementaux, 283 millions de dollars avaient été alloués par les États-Unis à des initiatives liées aux crimes de guerre en Ukraine depuis février 2022.
230 000 crimes de guerre recensés
La charge de travail des ONG en Ukraine est colossale : 230 000 crimes de guerre ont été répertoriés depuis le début du conflit, selon le bureau du procureur général ukrainien. Cependant, la moitié des projets ukrainiens financés par les États-Unis sont affectés par ces coupes budgétaires, affirme une source ukrainienne citée par Reuters. De nombreux projets sont ralentis ou interrompus, comme la reconstruction d'un palais de justice détruit pendant la guerre. Faute de moyens, les ONG doivent licencier du personnel, suspendre la formation de juges en droit international et annuler des voyages en Ukraine.
Ces réductions de subventions portent également un coup important au rapatriement des enfants ukrainiens enlevés et déportés en Russie. Kiev accuse Moscou d'avoir déporté plus de 20 000 enfants en quatre ans, tandis que la Russie affirme qu'il s'agit de mesures préventives pour les protéger des zones de combat. Seuls 2 000 enfants sont rentrés dans leur pays d'origine. L'université américaine de Yale a mené une initiative pour les retrouver grâce à des sources ouvertes, mais son directeur du laboratoire de recherche humanitaire a déclaré à Reuters que l'établissement sera à court de fonds en août.
Désengagement général des États-Unis
Si les États-Unis ont longtemps défendu la poursuite des auteurs de crimes de guerre, ce revirement traduit un désengagement général en matière de droits de l'homme. L'administration Trump conteste l'autorité de la Cour pénale internationale, dont les États-Unis ne sont pas membres, pour juger ces crimes.
Les États-Unis comptent désormais sur les Européens pour financer ce devoir de justice. L'Union européenne apportera une contribution de 10 millions d'euros à la création d'un tribunal spécial pour juger les responsables de l'agression russe, et 50 millions d'euros pour renforcer le système de protection de l'enfance ukrainien.



