Le créateur du nouveau parti indien « Cockroach Janata Party » (CJP), récemment créé en réaction aux propos d’un magistrat jugés méprisants pour la jeunesse, a annoncé lundi son arrivée cette semaine dans la capitale New Delhi et l’organisation d’une manifestation. Mais qu’est-ce que le « Cockroach Janata Party », devenu viral sur les réseaux sociaux auprès des jeunes ? 20 Minutes fait le point.
L’origine de la création du parti
Le CJP a vu le jour à la suite des déclarations du président de la Cour suprême, Surya Kant. Lors d’une audience dans le mois de mai, le magistrat aurait qualifié les jeunes qui critiquent le gouvernement de « cafards » ( « cockroaches » en anglais) et de « parasites ». Il s’était ensuite justifié en affirmant qu’il visait ceux qui utilisent de faux diplômes.
Étudiant en communication politique à l’université de Boston, aux États-Unis, Abhijeet Dipke, 30 ans, a réagi en créant dans la foulée le CJP en ligne, un parti parodique dont les trois lettres font référence au Bharatiya Janata Party (BJP, parti nationaliste indien) du Premier ministre Narendra Modi.
Un succès immédiat sur les réseaux sociaux
À sa création, il a rassemblé 218 000 abonnés sur X, mais son compte a été bloqué en Inde, avant qu’un nouveau profil soit aussitôt créé. Appelé « Cockroach is Back » (le cafard est de retour), il a enregistré près de 150 000 abonnés en quelques heures. Plusieurs de ses comptes ont été bloqués sur les réseaux sociaux en Inde, sur ordre du gouvernement.
Son slogan - « un front politique de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse » - est instantanément devenu viral, notamment sur la plateforme Instagram où il affiche désormais 22 millions d’abonnés. Le BJP en compte neuf millions, et le Congrès, le principal parti d’opposition, treize millions.
Les jeunes Indiens « sont bien plus matures, informés et politiquement conscients que beaucoup ne le pensent », a écrit Abhijeet Dipke. Selon le député de l’opposition Shashi Tharoor, cette popularité fulgurante refléterait « l’ampleur de la frustration et du mécontentement » qui règnent parmi la jeunesse indienne. « Je pense que c’est une chose très saine dans une démocratie : que les gens puissent exprimer leurs opinions de différentes manières », a-t-il affirmé dans l’édition de vendredi de l’Indian Express. Le Times of India écrivait fin mai dans un éditorial que le CJP « pourrait représenter une sérieuse concurrence pour les partis politiques existants ».
Une manifestation et le retour d’Abhijeet Dipke
Dans un message publié lundi, Abhijeet Dipke, qui a travaillé pour le parti d’opposition indien Aam Aadmi Party (AAP), a annoncé son retour en Inde et appelé ses partisans à se rassembler le 6 juin dans la capitale pour exiger la démission du ministre de l’Éducation.
Le ministre, Dharmendra Pradhan, est férocement critiqué ces dernières semaines, jugé responsable de nombreuses irrégularités survenues lors d’examens universitaires. « Des étudiants se sont suicidés et le dur labeur de centaines de milliers d’entre eux détruit », a-t-il accusé, en donnant rendez-vous à ses soutiens à l’aéroport de New Delhi.
« Je veux croire que notre pays reste une démocratie et que j’obtiendrai l’autorisation de manifester », a ajouté Abhijeet Dipke. Au pouvoir depuis 2014, Narendra Modi est régulièrement accusé par l’opposition et la société civile de réprimer toute contestation dans le pays.



