CAN 2026 : le football féminin africain entre espoirs et réalités
CAN 2026 : foot féminin africain, espoirs et réalités

Alors que la Coupe d'Afrique des nations (CAN) féminine 2026 se profile, les ambitions affichées par les dirigeants contrastent avec les limites structurelles du football féminin sur le continent. Selon un rapport de la Confédération africaine de football (CAF) publié en juin 2026, seules 12 des 54 fédérations membres disposent d’un championnat national féminin professionnel ou semi-professionnel. Un chiffre qui illustre le fossé entre les discours et la réalité du terrain.

Des progrès inégaux

Le Maroc, pays hôte de la CAN 2026, a investi massivement dans le football féminin, avec un budget de 50 millions d’euros alloué sur trois ans. La sélection nationale, championne d’Afrique en titre, bénéficie d’infrastructures modernes et d’un championnat local compétitif. Pourtant, des nations comme le Nigeria ou l’Afrique du Sud, pourtant historiquement fortes, peinent à maintenir leurs ligues face à des problèmes de financement et de gouvernance.

“L’écart se creuse entre quelques pays qui avancent rapidement et la majorité qui stagne”, explique Fatou Diop, directrice du développement du football féminin à la CAF, citée par l’AFP. “Nous avons besoin d’un plan d’urgence pour harmoniser les standards.”

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Les défis du quotidien

Les joueuses africaines sont souvent confrontées à des conditions précaires : absence de contrats professionnels, salaires irréguliers, et manque d’accès aux soins. Une enquête de l’UNESCO de 2025 indique que 68 % des footballeuses en Afrique subsaharienne exercent un second emploi pour subvenir à leurs besoins. Le Cameroun, par exemple, a vu son championnat féminin interrompu pendant six mois en 2025 pour cause de litiges financiers.

Par ailleurs, les infrastructures restent un obstacle majeur. Seuls 20 % des stades prévus pour la CAN 2026 répondent aux normes de la CAF, forçant plusieurs fédérations à envisager des regroupements dans des pays voisins pour les matchs de préparation.

Des initiatives prometteuses

Malgré ces difficultés, des initiatives émergent. Le Rwanda a lancé en 2025 un programme de bourses pour 200 jeunes filles, couvrant frais de scolarité et équipement sportif. Au Sénégal, la création d’une académie régionale soutenue par la FIFA a permis de détecter 15 talents, dont trois ont déjà signé dans des clubs européens.

“Nous voyons des signes de changement, mais il faut du temps”, déclare Aminata Diallo, ancienne internationale sénégalaise. “La CAN 2026 doit être un accélérateur, pas une vitrine.”

L’enjeu médiatique et économique

La visibilité reste un défi : seul un quart des matchs de la précédente CAN féminine en 2024 ont été diffusés en direct sur une chaîne nationale africaine. Pour 2026, la CAF a négocié des droits avec des diffuseurs internationaux, mais l’accès local demeure incertain. Le sponsoring, lui, progresse : des entreprises comme Orange et TotalEnergies ont multiplié par trois leurs investissements dans le football féminin depuis 2022.

Selon un étude de KPMG, la CAN 2026 pourrait générer 120 millions d’euros de retombées économiques pour le Maroc, mais les retombées pour le reste du continent risquent d’être limitées sans une meilleure répartition des bénéfices.

Vers une professionnalisation accélérée ?

La CAF a annoncé un plan d’investissement de 200 millions de dollars sur cinq ans pour le football féminin, dont 40 millions dédiés à la formation des entraîneurs et à la création de ligues nationales. Mais les critiques pointent un manque de transparence. “Où va cet argent ?” interroge un collectif de joueuses dans un récent rapport. “Nous n’avons pas vu de changements concrets sur le terrain.”

À un an de la compétition, la CAN 2026 cristallise les espoirs. Réussira-t-elle à catalyser une transformation durable ? La réponse dépendra de la volonté politique des fédérations et de l’engagement des États.

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