La Cour suprême du Brésil a condamné jeudi l'ancien président Jair Bolsonaro à 27 ans et trois mois de prison pour tentative de coup d'État après sa défaite électorale d'octobre 2022. Reconnu coupable de cinq chefs d'accusation, dont organisation d'un putsch et atteinte à la démocratie, il devient le premier ex-chef d'État brésilien sanctionné pour de tels faits, malgré les protestations de Washington.
Un verdict historique
Un panel de cinq juges de la Cour suprême a prononcé la culpabilité de Jair Bolsonaro puis sa condamnation. La juge Carmen Lucia a déclaré avant le verdict : "Il s'agit presque d'une croisée des chemins pour le Brésil, entre son passé, son présent et son futur", en référence aux putschs militaires et tentatives de coup d'État qui ont marqué l'histoire du pays. Elle a ajouté qu'il y avait de nombreuses preuves que Bolsonaro a agi "avec l'intention d'éroder la démocratie et les institutions".
Quatre des cinq juges ont voté pour reconnaître l'ancien président coupable de cinq chefs d'accusation : participation à une organisation criminelle armée, tentative d'abolition violente de la démocratie, organisation d'un coup d'État, et détérioration de biens publics et de biens culturels protégés. Le juge Luiz Fux a rompu avec ses pairs en votant pour l'acquittement de Bolsonaro, ce qui pourrait ouvrir la voie à des recours.
Réactions internationales
La condamnation a provoqué la colère de Washington. Donald Trump a décrit le verdict comme "une chose terrible" et "très triste pour le Brésil". Le secrétaire d'État Marco Rubio a promis une "réponse appropriée" à cette "chasse aux sorcières". Le ministère brésilien des Affaires étrangères a répliqué que la démocratie brésilienne ne serait pas intimidée, dénonçant des commentaires qui ignorent "les faits et les preuves accablantes".
Le président Luiz Inácio Lula da Silva a déclaré ne pas craindre de nouvelles sanctions de la part de Washington. Les États-Unis avaient déjà imposé des droits de douane contre le Brésil en représailles au procès, ainsi que des sanctions contre le juge Alexandre de Moraes, figure clé de la stratégie de fermeté de la Cour suprême.
Conséquences politiques
La Cour suprême a prolongé l'inéligibilité de Jair Bolsonaro jusqu'en 2060, après une première interdiction de 2023 pour des accusations sans fondement contre le système de vote électronique. Bolsonaro, 70 ans, entendait se porter candidat à l'élection présidentielle de 2026, mais ce verdict compromet son avenir politique. Ses avocats ont dénoncé une condamnation "excessive à l'absurde" et annoncé leur intention de faire appel.
Un parcours marqué par la controverse
Ancien capitaine de l'armée, Bolsonaro a toujours admiré la dictature militaire brésilienne (1964-1985). Son mandat présidentiel (2019-2022) a été marqué par un scepticisme face à la pandémie de COVID-19, un soutien à l'exploitation minière informelle et une déforestation record en Amazonie. Lors de sa campagne de réélection, ses propos messianiques ont suscité des inquiétudes sur son acceptation des résultats. En 2021, il avait déclaré : "J'ai trois possibilités pour mon avenir : être arrêté, être tué, ou la victoire. Aucun homme sur Terre ne me menacera."
Ce verdict s'inscrit dans une série de condamnations de dirigeants d'extrême droite en 2025, incluant Marine Le Pen en France et Rodrigo Duterte aux Philippines. La Cour suprême brésilienne, sous la conduite du juge Alexandre de Moraes, a choisi la fermeté face aux attaques contre la démocratie, y compris contre les réseaux sociaux accusés de désinformation électorale.



