Amer Nasser, cinéaste gazaoui : ses images sauvées sur 3 cartes SD
Amer Nasser : ses images de Gaza sauvées sur 3 cartes SD

Le cinéaste et photographe palestinien Amer Nasser, 35 ans, a réussi à préserver quinze années d'archives et ses images de la guerre en les dissimulant sur trois cartes mémoire SD cachées dans son téléphone, lors de son évacuation de Gaza en avril 2025. Désormais installé à Marseille, il a tiré de ces images une œuvre photographique intitulée « Gaza, Signal of Life », récemment exposée à la Galerie du Jour Agnès B. à Paris.

Un sauvetage périlleux face à l'armée israélienne

Contraint de quitter la bande de Gaza en avril 2025, Amer Nasser a vu ses disques durs confisqués par l'armée israélienne lors d'un contrôle. Conscient de l'importance de ses images, il avait pris soin de copier l'intégralité de ses archives – quinze ans de travail – sur trois cartes SD de petite taille, qu'il a dissimulées à l'intérieur de son téléphone portable. Cette ruse lui a permis de passer les checkpoints et de gagner la France, où il a obtenu le statut de réfugié.

« J'ai choisi de ne pas montrer les destructions et la mort car les gens auraient détourné le regard devant l'horreur, explique le photographe. Je ne cherche pas la pitié ou l'émotion éphémère. » Ses images, présentées dans l'exposition « Déplacer le silence » aux Ateliers Jeanne Barret à Marseille en mai et juin 2026, montrent au contraire des scènes de vie quotidienne, des efforts pour inventer des moyens d'échapper à la guerre menée par Israël. On y voit des Gazaouis s'organiser, créer, résister par le quotidien, loin des clichés de corps déchiquetés ou de sang.

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De l'urgence à la transmission à Marseille

Aujourd'hui enseignant à Marseille, Amer Nasser a transformé son expérience en outil pédagogique. Il transmet à ses étudiants son regard singulier sur un territoire où, dit-il, « nous avons toujours été condamnés à l'urgence ». Son travail photographique, « Gaza, Signal of Life », se veut un témoignage de vie plutôt qu'un catalogue d'horreurs, une manière de contourner le voyeurisme pour toucher à l'essentiel : la dignité humaine.

L'exposition « Déplacer le silence », qui a réuni les créations d'artistes gazaouis, dont la majorité étaient des reproductions d'œuvres détruites, a marqué les esprits. Elle a mis en lumière la résilience d'une scène artistique contrainte à l'exil, tout en interrogeant le rôle de l'art en temps de guerre. Pour Amer Nasser, chaque image sauvée est une victoire sur l'oubli, un fragment de mémoire arraché à la destruction.

Un témoignage universel

Le parcours d'Amer Nasser résonne au-delà du conflit israélo-palestinien. Il illustre la fragilité du patrimoine culturel en zone de guerre et l'ingéniosité des artistes pour le préserver. Ses cartes SD, discrètes mais lourdes de sens, symbolisent la résistance par la mémoire. « Nous avons toujours été condamnés à l'urgence », rappelle-t-il, évoquant une vie rythmée par les alertes, les déplacements forcés et la perte.

Son œuvre, exposée à Paris puis à Marseille, circule désormais dans les galeries et les écoles, portant un message d'espoir et de persévérance. Pour les jeunes générations de Gazaouis en exil, Amer Nasser incarne une preuve que l'art peut survivre à la catastrophe, à condition de savoir ruser avec l'adversité. Une leçon de ténacité qui dépasse les frontières.

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