La ville de Rome suffoque sous une vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures dépassant les 40°C. Les habitants et les touristes cherchent désespérément de l'ombre, mais celle-ci se fait rare. En cause, selon de nombreux experts et citoyens, la coupe massive de grands arbres ces dernières années, qui a réduit considérablement les zones d'ombre naturelles.
Une canicule historique
Depuis le début de la semaine, un anticyclone africain apporte de l'air brûlant sur la péninsule italienne. À Rome, le mercure a atteint 41,2°C mercredi, un record pour un mois de juillet. Les autorités ont déclenché le plus haut niveau d'alerte canicule, invitant les personnes âgées et les enfants à rester chez elles aux heures les plus chaudes.
Le maire de Rome, Roberto Gualtieri, a reconnu que la situation est critique : « Nous payons aujourd'hui des décennies de négligence en matière de végétalisation urbaine. Entre 2010 et 2020, plus de 15 000 arbres ont été abattus dans la ville, principalement pour des raisons de sécurité ou d'urbanisme. »
La disparition des grands arbres
Les grands arbres, comme les pins parasols et les platanes, étaient autrefois emblématiques de Rome. Ils offraient une ombre généreuse et contribuaient à rafraîchir l'air par évapotranspiration. Mais ces dernières années, de nombreux arbres ont été coupés, soit parce qu'ils étaient malades, soit pour faire place à des constructions ou à des infrastructures.
Selon un rapport de l'association environnementale Legambiente, la ville a perdu environ 30% de son couvert arboré en vingt ans. « Chaque grand arbre abattu, c'est l'équivalent de plusieurs climatiseurs en moins », déplore Stefano Ciafani, président de Legambiente. « À Rome, on a privilégié le bitume et le béton au détriment de la nature. »
Un manque de végétalisation criant
La capitale italienne souffre d'un déficit de zones vertes. Avec seulement 4,5 mètres carrés d'espaces verts par habitant, elle est loin derrière d'autres grandes villes européennes comme Paris (16 m²) ou Berlin (25 m²). Les quartiers les plus densément peuplés, comme le Trastevere ou l'Esquilin, sont particulièrement dépourvus d'arbres.
Face à la canicule, la municipalité a tenté de réagir en installant des brumisateurs et en ouvrant des lieux climatisés publics, mais ces mesures restent insuffisantes. De nombreux Romains se plaignent de devoir marcher longtemps pour trouver un peu d'ombre. « C'est invivable, on étouffe », témoigne Maria, une habitante du centre historique. « Il y a quelques années, on pouvait se promener sous les pins, maintenant il n'y a plus que du soleil brûlant. »
Les conséquences sur la santé
Les fortes chaleurs ont des conséquences directes sur la santé. Les services d'urgence ont enregistré une augmentation de 20% des appels pour malaises liés à la chaleur. Les hôpitaux sont en alerte, notamment pour les personnes âgées et les personnes souffrant de maladies chroniques. Le ministère de la Santé a recommandé d'éviter toute activité physique en extérieur entre 11h et 18h.
Les experts soulignent que le manque d'arbres aggrave l'effet d'îlot de chaleur urbain. Les surfaces bitumées et les bâtiments emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit, empêchant les températures de baisser suffisamment. « Sans arbres, les nuits sont aussi chaudes que les jours, ce qui empêche le corps de récupérer », explique le docteur Giovanni Leonardi, climatologue à l'Université de Rome.
Des solutions insuffisantes
La mairie de Rome a promis de planter 500 000 arbres d'ici 2030, mais les critiques estiment que ce n'est pas assez et que les actions sont trop lentes. « Planter des arbres, c'est bien, mais il faut aussi les protéger et les laisser grandir », souligne Ciafani. « Or, on continue à couper des arbres matures pour des projets immobiliers. »
Certains quartiers ont pris les choses en main, comme à Testaccio, où des habitants ont créé un jardin communautaire avec des arbres fruitiers. Mais ces initiatives restent marginales. Les associations appellent à un changement radical de politique urbaine, avec la création de corridors verts et la piétonnisation de certaines rues.
Un avenir incertain
Avec le réchauffement climatique, les vagues de chaleur devraient devenir plus fréquentes et plus intenses à Rome. Les prévisions indiquent que la température moyenne pourrait augmenter de 2 à 3°C d'ici 2050. Sans une adaptation rapide, la ville risque de devenir de moins en moins vivable en été.
Le maire Gualtieri a annoncé un plan d'urgence pour végétaliser les toits et les façades des bâtiments publics, mais les fonds manquent. « Nous avons besoin d'un investissement massif, mais l'État nous a coupé les crédits », a-t-il déclaré. La situation est d'autant plus préoccupante que Rome accueillera le Jubilé de 2025, avec des millions de pèlerins attendus.



