Le trafic voyageurs explose, mais le fret ferroviaire diminue à cause du manque de fiabilité du réseau, selon Eric Boisseau, président de Trains & Territoires.
Un constat contrasté pour le ferroviaire
Le Montpelliérain Eric Boisseau, président de l’association Trains & Territoires, se félicite du boom du trafic voyageurs mais alarme sur les enjeux qui attendent le fret, pour peu que l’État veuille s’en donner les moyens. Depuis 2020, depuis la fin du Covid, le mode ferroviaire a le vent en poupe. Le trafic voyageurs augmente constamment, celui des trains de nuit a explosé, passant en 5 ans de 2019 à 2024, de 350 000 passagers à 1,1 million.
Depuis l’arrivée de Trenitalia sur Paris-Lyon-Marseille, le trafic Grande Ligne sur cet axe a augmenté de 20 % et le prix moyen du billet s’est réduit de 10 %. La création de deux relations Intercité entre Nancy et Lyon, à la demande de la métropole éponyme et soutenu par la région Grand Est, est un grand succès. Le succès de fréquentation des Ouigo vitesse classique démontre que le prix du billet devient prioritaire sur la réduction maximale, et très coûteuse, des temps de trajet.
Un fret en déclin malgré la demande
Mais le trafic marchandises, celui qui accapare et sature les autoroutes, n’augmente pas ; au contraire, il diminue, d’une part, en raison du manque de fiabilité du réseau ferroviaire, incapable de répondre comme la route aux exigences des chargeurs à savoir ponctualité, régularité et rapidité, d’autre part en raison de la suppression chaque année de lignes capillaires, celles qui transportent des produits de carrières, des céréales, des pondéreux… du fait du refus de SNCF Réseau d’assumer la charge financière de leur entretien. En conséquence, ces trafics basculent sur le réseau routier dont les collectivités territoriales assurent l’entretien ; c’est donc un nouveau transfert de charge.
Lorsqu’une ligne régionale est réactivée, le succès de fréquentation consécutif en confirme la nécessité comme le prouve Luchon-Montrejeau, repris en concession par la Région Occitanie, face aux réticences de SNCF Réseau. Face à une demande de transport ferroviaire en croissance, les réponses proviennent des citoyens, représentés par les associations, les collectivités territoriales, les entreprises comme le montre le succès de l’offre de la coopérative ferroviaire batave European Sleeper, qui s’est montrée capable de relancer en quelques mois le train de nuit Paris-Bruxelles-Berlin, après le Bruxelles-Berlin-Prague et bientôt le Bruxelles-Milan.
Des solutions pour l'avenir
Le développement de l’offre ferroviaire devra tenir compte en priorité des conséquences du dérèglement climatique, avec canicules, sécheresses, manque d’eau, inondations, intempéries et la nécessité de décarboner la mobilité, de passer du pneumatique au rail. L’offre passera par les deux axes principaux… Concernant les relations à longue distance, marchandises et voyageurs, par le renforcement d’un réseau constitué par des doublets de lignes qui assureront la circulation 24/24 de tous les trains grâce à la possibilité de passer facilement d’une ligne à l’autre. Cela rassurera les chargeurs et les entreprises de fret ferroviaire.
Concernant les courtes distances, faisons confiance aux initiatives des territoires. N’oublions pas les entreprises, leur fertilisation croisée avec les centres de recherche et les ingénieux ingénieurs lesquels, ensemble, ont conçu l’Ecotrain, à pilotage automatique, qui garantira une circulation en toute sécurité par tout temps et permettra une revitalisation à coût très maîtrisé de très nombreuses lignes y compris suspendues, fermées depuis des décennies. Le succès de Cannes-Grasse, ligne fermée entre 1938 et 2005, démontre que rien n’est irréversible face à la volonté des citoyens.