Côte d'Azur : l'État démantèle une ferme marine abandonnée depuis 15 ans
Côte d'Azur : démantèlement d'une ferme marine abandonnée

Depuis le 29 juin 2026 et jusqu'à fin juillet, l'État procède au démantèlement des vestiges de l'ancienne ferme aquacole du Cros-de-Cagnes, près de Nice. Cette structure, installée en 1995 pour l'élevage de dorades et de loups, était inactive depuis 2010. Après un long bras de fer, la Ville avait obtenu le départ de l'exploitant Lou Loubas, dont le droit d'exploitation a été retiré par la préfecture en 2023. L'entreprise disposait de six mois pour enlever ses installations, mais ne l'a jamais fait. L'État s'est donc substitué à elle et avance les frais du chantier.

Un chantier en deux phases

La première phase, en février 2025, a permis d'évacuer 30 tonnes d'encombrants pour près de 80 000 euros. La seconde phase, qui débute cet été, vise à retirer environ 50 tonnes de déchets : 300 cubisystem (gros bidons noirs flottants), 14 corps morts en béton de trois tonnes chacun, 300 mètres de chaînes, un filet de 30 mètres de long, une ancre charrue de 50 kg, ainsi que divers macrodéchets (filets, lignes d'amarrage, etc.). L'emblématique bouée cardinale, vigie jaune et noire signalant la ferme, sera également évacuée vers la déchetterie.

Des opérations techniques sous-marines

Les chaînes imposantes seront sciées par une équipe de trois plongeurs à l'aide d'une lance thermique atteignant 3 000 °C, précise Emmanuel Levy, responsable d'exploitation chez Mare Nostrum, l'entreprise spécialisée mandatée pour le chantier. Les blocs bétonnés et les chaînes seront ensuite amarrés à des bouées de levage capables de soulever plusieurs tonnes, puis transportés au port de Saint-Laurent-du-Var avant d'être extraits par un camion-grue. Le coût total de l'opération est estimé à 100 000 euros, que l'État réclamera aux anciens exploitants.

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Dangers pour la navigation et la faune marine

Selon Dimitiri Fuk Chun Wing, chef du pôle travaux à la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), l'installation abandonnée présente un danger pour la navigation de plaisance, très active dans la zone. Les cordages à l'abandon, qui mettent plus de deux siècles à se décomposer, peuvent accrocher les ancres des petites embarcations et constituent un piège mortel pour les saules, congres et poissons-lunes. « Aussi proche du port, et avec une forte activité nautique, cette installation présente un danger. En plus de polluer et perturber le milieu marin », explique-t-il.

Réactions des habitants du Cros-de-Cagnes

Interrogés, plusieurs Crossois expriment des avis partagés. Nicole, 73 ans, estime que « tant qu'ils laissent les yachts, ça ne servira pas à grand-chose. Faut voir comme ça pollue ces bateaux ! » Jean, 68 ans, ajoute que les plages ferment chaque été à cause des orages et de la station d'épuration. Jean-Paul, 74 ans, déplore que « les activités des plaisanciers remplacent les activités piscicoles. On est un village de pêcheur à l'origine », s'emporte-t-il. Armand, 80 ans, considère que l'élevage était une bonne alternative face à la raréfaction du poisson sauvage. Thomas, 25 ans, voileux formé à l'école du Cros, regrette la disparition de la ferme qui « contrastait avec le showbiz des yachts et rappelait l'importance historique du poisson pour les gens d'ici ». Il évoque avec tendresse « le charme de la cardinale », cette bouée pittoresque servant d'escale aux nageurs et de repère lors des régates de son adolescence. « C'est la fin d'une époque », conclut-il.

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