Poznań, la cinquième ville de Pologne, est en train de réussir une transition énergétique historique : sa dépendance au charbon pour le chauffage urbain est passée de 83 % en 2024 à 28 % en 2026, et devrait atteindre 0 % d'ici 2030. Cette métamorphose repose sur une centrale de cogénération multi-énergies inaugurée en novembre 2025, qui combine plusieurs sources d'énergie plus propres, marquant une rupture avec la « monoculture du charbon » qui prévaut encore dans le pays.
Une conversion progressive mais rapide
La ville de Poznań, réputée pour ses universités, son industrie et son dynamisme culturel, a entrepris de se passer du charbon, une énergie fossile polluante qui représente encore environ 54 % du mix électrique polonais et 33 % de l'énergie globale du pays. La nouvelle unité de cogénération, située sur un site qui abrite déjà un énorme réservoir de stockage d'énergie, utilise en 2026 28 % de charbon, 56 % de gaz et 16 % de biomasse (déchets organiques). À l'horizon 2030, le mix sera composé de 40 % d'énergies renouvelables et de 60 % de gaz, une ressource qui devrait disparaître d'ici 2050 au profit de biométhane, de petits réacteurs nucléaires modulables, d'hydrogène ou de géothermie.
Le gaz utilisé ne provient ni de Russie ni du Qatar. La Pologne s'approvisionne via le Baltic Pipe, un gazoduc partant de la mer du Nord et traversant le Danemark et la mer Baltique, ou via des accords avec l'Allemagne, la Lituanie, la Slovaquie et la République tchèque. Le charbon n'est plus qu'un recours : il a ainsi pris le relais lorsque l'usine a dû être arrêtée quatre mois pour des problèmes techniques, ou en cas de hausse critique du prix du gaz.
Des bénéfices pour 60 % des habitants
Cette stratégie permet de fournir en électricité et en chauffage urbain 60 % des habitants de Poznań. Si les factures ont augmenté, Jakub Patalas, directeur de l'unité de cogénération, estime que « sans transition énergétique, la facture aurait été beaucoup plus salée », rappelant qu'en Pologne « les prix sont fixés une fois par an, et il est quasi impossible d'en changer ». Le maire de Poznań, Jacek Jaśkowiak, se félicite : « Nous créons le système de chauffage urbain du futur qui garantira la sécurité de l'approvisionnement, la stabilité des prix et un air plus pur. Nous démontrons que Poznań est prête à relever les défis climatiques et technologiques du XXIe siècle. »
La ville ne compte pas s'arrêter là. Jakub Patalas annonce une expérience pionnière d'efficacité énergétique : « Nous menons une expérience d'efficacité énergétique en récupérant la chaleur des habitations. On est pionnier dans ce domaine. Les premières années, on a enchaîné les problèmes. Maintenant, cela fonctionne parfaitement. » En 2028, deux usines de récupération de chaleur seront installées près d'une usine d'eau et d'un data center, permettant de réutiliser la chaleur produite par ce dernier pour chauffer la ville. Selon Patalas, « si cela ne résout pas l'entièreté du problème des nouvelles infrastructures nécessaires au développement de l'IA, c'est une solution pour le futur ».
Des projets concrets et mesurables
Un autre test est en cours près d'une usine Volkswagen : la récupération de la chaleur dégagée par les compresseurs et les gaz d'échappement des fours de la fonderie d'aluminium. L'entreprise affirme que « cela permet de réduire les émissions de CO₂ de près de 3 500 tonnes par an. Cette initiative nous a permis d'acquérir une expérience précieuse en matière de récupération de chaleur, un atout majeur pour la réalisation de projets de plus grande envergure ».
Le point de vue de l'expert : « À Poznań, Veolia prend principalement en charge le réseau de chauffage urbain, tout en produisant de l'électricité. L'enjeu clef pour la ville et la Pologne consiste à se passer progressivement de charbon. Aujourd'hui, notre unité de cogénération nous a déjà permis de nous débarrasser de la moitié du charbon que nous consommons annuellement. Les projets en cours vont nous permettre de diversifier encore le mix énergétique, en utilisant en particulier la chaleur résiduelle issue de data centers ou des eaux usées de la ville. Nous menons en parallèle un projet de géothermie qui devrait couvrir à terme 20 % des besoins en chauffage de la municipalité. Nous partons de loin, de ce que l'on pourrait appeler une monoculture du charbon, et ces projets vont nous permettre de décarboner tout en limitant les émissions de CO2. Ils s'inscrivent pleinement dans la stratégie GreenUp de Veolia, qui se fixe pour ambition d'intégrer une multitude de sources de chaleur innovantes dans un système unique. »
Poznań s'impose ainsi comme une pionnière en Pologne, démontrant que la transition énergétique est possible à l'échelle d'une métropole régionale, avec des résultats concrets et mesurables.



