Airbus : l'avion de demain consommera 30 % de carburant en moins
Airbus : l'avion de demain consommera 30 % de carburant en moins

Guillaume Faury, président exécutif d'Airbus, a accordé une interview exclusive à plusieurs quotidiens régionaux, dont Var-matin, au siège social français de l'entreprise à Blagnac, près de Toulouse. Il y détaille les perspectives de l'avionneur, qui affiche un carnet de commandes record et prépare le successeur de l'A320 Neo, promettant une réduction de consommation de carburant de 20 à 30 %.

Un carnet de commandes record et des cadences en hausse

Interrogé sur la demande et l'augmentation des cadences de production, Guillaume Faury a révélé que le carnet de commandes d'Airbus approche les 10 000 appareils, avec plus de 8 000 commandes pour la seule famille A320. « On a un niveau de carnet de commandes qui est sans précédent », a-t-il souligné, ajoutant que l'A320 est « l'avion commercial le plus commandé au monde, mais aussi l'avion le plus livré au monde ».

Cette demande provient à la fois du remplacement d'avions existants par des modèles plus performants économiquement et écologiquement, et d'une forte croissance du trafic aérien. Les projections indiquent un besoin de plus de 40 000 avions dans les 20 prochaines années. L'A321, plus grand que l'A320, est particulièrement prisé car sa performance par siège, par passager et par kilomètre est meilleure.

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Décarbonation : des progrès déjà importants, mais des défis à relever

Interrogé sur la compatibilité entre l'augmentation du trafic et la décarbonation, Guillaume Faury a rappelé les progrès déjà accomplis : « depuis les années 1960, on a réduit de 80 % les émissions de carbone par kilomètre et par passager ». Il a également mentionné une réduction de 50 % depuis les années 1990. Grâce à ces efforts, la part de l'aviation dans les émissions mondiales de CO2 est restée stable, entre 2 et 2,5 %, malgré un trafic qui double tous les 15 ans.

Pour poursuivre cette trajectoire, le président d'Airbus insiste sur l'importance des carburants à faible contenu carbone, dont l'utilisation est actuellement insuffisante. Il a également pointé du doigt le frein que représente la politique américaine actuelle dans ce domaine. Parmi les autres pistes, il cite la modernisation du contrôle aérien, qui pourrait générer environ 10 % d'économies de carburant, et le développement de carburants d'aviation durable, avant de passer aux carburants de synthèse, encore trop chers et sans filières technologiques matures.

Le successeur de l'A320 Neo : une consommation réduite de 20 à 30 %

Guillaume Faury a dévoilé les caractéristiques du futur successeur de l'A320 Neo. « C'est un avion qui va consommer en gros entre 20 % à 25 %, voire peut-être 30 % de carburant en moins qu'un avion de génération A321 Neo », a-t-il annoncé. Pour y parvenir, Airbus travaille sur l'allègement de la structure et l'amélioration de l'aérodynamique, en particulier celle des ailes. L'objectif est de créer des ailes « beaucoup plus allongées, qui sont beaucoup moins lourdes et rigides, parce qu'elles se déforment plus », à l'image des ailes d'oiseaux.

Cette innovation s'appuie sur des recherches approfondies en matériaux, en simulation et en électronique pour le pilotage des commandes et des surfaces.

La défense, un pilier stratégique en pleine croissance

Airbus, premier acteur de défense de l'Union européenne, voit son activité militaire peser près de 20 % de son chiffre d'affaires. Guillaume Faury a souligné que ce pourcentage reste stable, ce qui signifie que la défense croît au même rythme que l'activité civile. Il a également mis en avant le caractère « dual » de nombreuses technologies développées par l'entreprise, utilisées à la fois dans le civil et le militaire.

Le contexte géopolitique, marqué par la crise ukrainienne, a accéléré une prise de conscience européenne sur la nécessité de dépenser davantage pour la défense. Avant 2022, les Européens achetaient 60 % de leur équipement en dehors de l'Europe, et les constructeurs militaires européens ne recevaient que 8 % de ce que les Américains achetaient à leurs propres industriels. L'enjeu est désormais de dépenser plus, ensemble, et en Europe.

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Spatial : un rapprochement avec Thales pour créer un géant européen

Dans le domaine spatial, Airbus, Thales et Leonardo ont décidé de rapprocher leurs activités pour créer un effet d'échelle face à la concurrence américaine, chinoise, indienne et russe. Guillaume Faury a annoncé que la constitution de cette entreprise commune, baptisée Bromo, pourrait intervenir « dans la deuxième moitié ou la fin de l'année prochaine ». Ce rapprochement permettra de mutualiser les forces et de « se battre avec les bonnes armes et à la bonne dimension ».

Avec un chiffre d'affaires de plus de 73 milliards d'euros, dont 19 % issus de la Défense, Airbus a livré près de 800 avions commerciaux et 400 hélicoptères en 2025. L'entreprise, premier employeur privé de la région avec 10 000 salariés sur son site de Marignane, dans les Bouches-du-Rhône, a également généré 21,2 milliards d'euros d'achats auprès de 3 400 fournisseurs français, dont 70 % de PME.