L'Ugict-CGT appelle à une gouvernance démocratique du travail face au climat
Ugict-CGT: transformer le travail pour le climat

Dans une tribune publiée le 30 juillet 2026, Caroline Blanchot, secrétaire générale de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens (Ugict) de la CGT, alerte sur les conséquences de la crise climatique sur le monde du travail. Elle appelle à repenser les modes de production et de consommation, et à transformer démocratiquement la gouvernance des entreprises et des administrations.

Un constat alarmant sur les conditions de travail

L’Ugict représente les ingénieurs, cadres et professions intermédiaires du privé comme du public. Ces professionnels conçoivent les bâtiments, entretiennent les réseaux, font fonctionner les hôpitaux, les transports, les industries, les laboratoires, les collectivités ou encore les infrastructures numériques. Ils éclairent les décisions par la recherche et l’expertise, mettent en œuvre les politiques publiques, encadrent des équipes, assurent la maintenance des installations, organisent les secours et l’assistance aux sinistrés. Chaque jour, ils prennent des centaines de décisions qui conditionnent la sécurité des personnes et la continuité des activités.

Partout en France, le constat est sans appel : les organisations du travail, déjà profondément marquées par des décennies de politiques libérales, ont été conçues pour un climat qui n’existe plus. Les bâtiments surchauffent, les équipements atteignent leurs limites, les réseaux sont fragilisés. Les témoignages reçus par l’Ugict illustrent cette réalité : absence d’adaptation, services en surchauffe, contestation de droits de retrait, mise en danger.

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Des professionnels sommés de faire tenir un système inadapté

« Nous refusons que les professionnels deviennent les fusibles d’une impréparation organisée », déclare Caroline Blanchot. Les ingénieurs doivent garantir la sûreté d’installations vieillissantes malgré des conditions de travail dégradées. Les techniciens doivent maintenir des équipements critiques alors que la chaleur altère la vigilance. Les managers doivent protéger leurs équipes sans disposer des moyens nécessaires. La question des conditions de travail est centrale, mais elle révèle une fragilité plus profonde : celle d’un modèle économique où la rentabilité immédiate prime sur la prévention, la sécurité et l’intérêt général.

« Lorsque la chaleur réduit les capacités cognitives de celles et ceux qui assurent la sécurité ferroviaire, la sûreté nucléaire, la maintenance des réseaux, ce n’est pas seulement leur santé qui est en jeu. C’est notre sécurité collective », souligne la secrétaire générale de l’Ugict-CGT. Pourtant, les arbitrages continuent de privilégier le court terme. Des milliards d’euros peuvent être mobilisés en quelques semaines, mais face au risque climatique documenté, les investissements indispensables restent différés.

Un droit de refus et de propositions alternatives

Blanchot propose d’instaurer un véritable droit de refus et de propositions alternatives pour les professionnels investis d’une responsabilité. Lorsqu’ils estiment que les conditions ne permettent plus de garantir la sécurité des personnes, des installations ou de l’environnement, ils doivent pouvoir suspendre une activité, exiger des mesures correctives ou refuser d’engager leur responsabilité sans craindre de sanctions. Ce droit protégerait les salariés, les usagers, les populations et l’intérêt général.

Mais ce droit ne suffira pas sans une transformation de la gouvernance. « Les crises que nous traversons montrent que les décisions prises uniquement sous l’angle des coûts conduisent à sous-investir dans la prévention, à retarder les adaptations indispensables et à faire peser les risques sur celles et ceux qui travaillent », écrit-elle. Redonner toute sa place à l’expertise du travail réel devient une nécessité démocratique autant qu’un impératif de sécurité.

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Renforcer les contre-pouvoirs dans les entreprises et administrations

L’Ugict propose donc de renforcer les contre-pouvoirs : les représentants des salariés doivent retrouver de réelles capacités d’intervention sur la santé, la sécurité et l’organisation du travail. Les professionnels doivent être davantage associés aux décisions stratégiques. Cela passe par le rétablissement d’instances spécialisées en santé au travail, le renforcement des prérogatives des représentants du personnel et une place majoritaire aux administrateurs salariés dans les conseils d’administration. Ainsi, les choix de long terme pourront primer sur les logiques financières de court terme.

« Les canicules, la sécheresse et les incendies révèlent une réalité plus profonde. Répondre aux défis climatiques ne sera pas seulement une affaire de technologies ou d’investissements. Il faudra revoir nos modes de production et de consommation, mais aussi transformer démocratiquement le travail », conclut Caroline Blanchot. Pour elle, le véritable danger n’est plus de ne pas savoir, mais de continuer à ne pas écouter et à ne pas agir.