La laine des Grands Causses renaît, tissant une nouvelle économie circulaire en Aveyron
La laine des Grands Causses renaît pour une économie circulaire

La laine des Grands Causses, une renaissance économique au cœur de l’Aveyron

Dans les vastes étendues des Grands Causses, où paissent plus d’un million de brebis chaque année, une ressource oubliée retrouve peu à peu sa valeur : la laine. Longtemps considérée comme un déchet par les éleveurs, elle est désormais au centre d’une dynamique de relance portée par le Parc naturel régional (PNR) des Grands Causses. Cette initiative rassemble éleveurs et acteurs locaux lors d’ateliers dédiés, comme celui organisé à la Cazotte, pour redonner vie à cette matière noble.

Un gisement sous-exploité aux potentiels multiples

Le territoire de l’AOP Roquefort produit annuellement plus de 1 000 tonnes de laine, une ressource renouvelable et abondante. Pourtant, seulement 4 % de cette laine est valorisée en France. Le reste est souvent stocké, brûlé ou exporté à bas prix vers des destinations lointaines, telles que la Chine. « Aujourd’hui, pour les éleveurs, la laine n’est pas une ressource économique », confie Manon Lilas, chargée de mission économie circulaire au PNR des Grands Causses. « Le marché est au plus bas : entre 10 et 20 centimes le kilo, soit environ 2 euros par brebis. À ce prix, ça ne couvre même pas le coût de la tonte. »

Malgré cela, cette matière première polyvalente recèle un potentiel immense, attirant des pionniers aveyronnais. La filature Colbert, par exemple, transforme cette fibre en isolants thermiques et en paillages performants, répondant aux exigences strictes du marché. « Un produit performant, écologique et ancré dans nos territoires », résume Manon Lilas, soulignant l’adéquation entre tradition et innovation.

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D’autres entreprises s’engagent également. Installée depuis 2025 dans le Sud Aveyron, « Le tapis de laine », dirigée par Thomas Mogharaei, utilise cette matière pour produire et commercialiser des tapis de méditation et de yoga. De son côté, la société Fertilaine, implantée sur le Lévézou, explore une voie complémentaire en valorisant les écarts de laine, ces parties jugées moins nobles, pour en faire un fertilisant organique. « L’objectif, c’est de montrer qu’on peut faire des choses avec cette laine », explique Manon Lilas. « Qu’il existe des acteurs prêts à s’en emparer et à créer de la valeur ajoutée. »

Les défis à surmonter : qualité, lavage et structuration

Ces approches pragmatiques et visionnaires démontrent que la relance de la filière passe par l’autonomie et la coopération. Cependant, structurer cette filière reste un défi majeur, avec une première étape cruciale : améliorer la qualité de la ressource. « Tout se joue lors de la tonte », précise Manon Lilas. « Il faut organiser le chantier pour éviter de souiller la laine et la trier correctement. »

Des formations ont été mises en place, comme celle organisée les 16 et 17 mars au lycée agricole de la Cazotte, en partenariat avec des experts lainiers. « On apprend aux éleveurs à mieux préparer leur laine, à enlever les écarts – les parties souillées ou abîmées – pour obtenir une matière plus propre et plus facile à transformer », développe la chargée de mission.

Un autre obstacle de taille est le lavage. « Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul centre de lavage en France, et il ne traite que quelques centaines de tonnes par an », souligne-t-elle. Heureusement, d’autres prestataires tentent de prendre le relais, comme dans le Tarn, où la jeune startup La Bêle Équipe développe des procédés moins gourmands en eau et en énergie. « L’enjeu, c’est de créer une filière locale complète, du tri à la transformation, en passant par le lavage. » Avec son bâton de berger, Manon Lilas travaille à ce que chaque acteur « trouve sa place », afin que la laine ne soit plus considérée comme un déchet, mais comme une ressource à part entière.

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Sensibiliser et fédérer pour un avenir durable

Pour atteindre cet objectif, le PNR des Grands Causses mise sur la sensibilisation et la création de liens entre les acteurs. « On organise des formations, des podcasts avec Radio Larzac, et on travaille sur un projet de route touristique de la laine », s’enthousiasme Manon Lilas. « L’idée, c’est de montrer le parcours de la laine, de la brebis au produit fini. » Ce projet séduit déjà les offices de tourisme locaux, car « la laine, c’est une histoire, une culture, un savoir-faire », résume-t-elle. « On veut en faire un atout pour le territoire. »

Si la filière est encore jeune, les premiers résultats sont encourageants. « On voit une vraie dynamique », observe Manon Lilas. « Les éleveurs commencent à s’intéresser à la qualité de leur laine, les transformateurs innovent, et les consommateurs sont de plus en plus demandeurs de produits locaux et durables. » Il reste à structurer la filière pour la rendre pérenne, en investissant dans des outils de lavage locaux, en développant de nouveaux débouchés et en fédérant les acteurs. Pour Manon Lilas, la laine « a tout pour devenir une filière d’excellence sur notre territoire », tissant ainsi un cercle vertueux au cœur des Grands Causses.