Une proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale veut instaurer une taxe sur les fabricants de tabac pour financer la lutte contre les incendies. Ce texte, porté par des députés écologistes, vise à créer une ressource dédiée et pérenne pour les sapeurs-pompiers et la prévention des feux de forêt. Selon les auteurs, cette taxe pourrait rapporter jusqu'à 200 millions d'euros par an.
Une ressource dédiée à la prévention et à la lutte
La proposition de loi, présentée par la députée écologiste Sandrine Rousseau et ses collègues, prévoit d'affecter les recettes de cette taxe à un fonds spécifique. Ce fonds servirait à financer les équipements des pompiers, la recherche sur les feux de forêt et des campagnes de prévention. Les auteurs soulignent que les incendies coûtent chaque année des centaines de millions d'euros à la collectivité, et que les moyens actuels sont insuffisants face à l'augmentation des risques liés au changement climatique.
Un précédent : la taxe sur les cigarettes pour la sécurité sociale
L'idée n'est pas nouvelle : la France taxe déjà les produits du tabac pour financer la sécurité sociale. Les écologistes s'inspirent de ce modèle pour créer une taxe comportementale, qui pèserait sur les industriels du tabac. Selon eux, il existe un lien direct entre le tabac et les incendies, car les mégots sont une cause fréquente de départs de feu. En 2022, près de 10% des incendies de forêt en France ont été causés par des mégots mal éteints, selon les données des pompiers.
Des réactions mitigées
Les fabricants de tabac dénoncent une mesure discriminatoire et inefficace. Ils rappellent que la filière contribue déjà à travers les taxes existantes et qu'une nouvelle taxation pénaliserait un secteur déjà fortement réglementé. De leur côté, les associations de protection de l'environnement saluent une initiative "pragmatique et courageuse". Le gouvernement n'a pas encore réagi officiellement, mais des sources au ministère de l'Intérieur indiquent que l'idée d'une taxe affectée est étudiée avec attention.
Un financement insuffisant face aux besoins
Les besoins sont pourtant immenses. Selon le rapport sénatorial sur la prévention des incendies publié en 2023, il faudrait investir au moins 500 millions d'euros par an pour équiper correctement les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) et moderniser les infrastructures de surveillance. La taxe proposée ne couvrirait donc qu'une partie des besoins, mais elle aurait l'avantage d'être pérenne et fléchée vers un objectif précis.
Une proposition qui s'inscrit dans un contexte de multiplication des feux
La proposition de loi arrive dans un contexte où les incendies se multiplient en France. L'été 2025 a été particulièrement meurtrier, avec plus de 80 000 hectares brûlés, soit trois fois plus que la moyenne des années précédentes. Les scientifiques prévoient une aggravation du phénomène avec le réchauffement climatique. Selon le GIEC, le nombre de jours à risque très élevé d'incendie pourrait augmenter de 30% d'ici 2050.
Prochaines étapes
La proposition de loi sera examinée en commission avant la fin de l'année. Les députés écologistes espèrent obtenir un débat public et un vote transpartisan. Ils rappellent que la lutte contre les incendies est un enjeu de sécurité civile et de protection de la biodiversité, qui dépasse les clivages politiques. En attendant, les pompiers continuent de tirer la sonnette d'alarme sur leurs conditions de travail et le manque de moyens.



