Finances publiques : quatre économistes alertent sur la dérive des dépenses d'ici 2030
Finances publiques : alerte de quatre économistes sur la dérive

Le prochain locataire de l'Élysée ne pourra pas dire qu'il ne savait pas. À la demande du gouvernement, quatre économistes de renom et de sensibilités différentes – Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla – ont planché sur la trajectoire des finances publiques d'ici la fin de la décennie. Un exercice presque théorique puisqu'ils devaient travailler à « politique budgétaire inchangée ». Un exercice de salut public puisqu'il permet de mettre en évidence la dérive spontanée de la dépense publique.

Un constat alarmant sur la dérive des dépenses

Selon le rapport remis au gouvernement, les dépenses publiques augmenteraient de manière automatique si aucune réforme n'était engagée. Les économistes estiment que la France doit réduire son déficit public de 5,5 points de PIB d'ici 2030 pour respecter les règles européennes. Cela représenterait un effort de 60 milliards d'euros par an, soit environ 2 points de PIB.

Xavier Ragot, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), souligne que « la dépense publique a tendance à croître spontanément plus vite que le PIB, en raison du vieillissement de la population, de la hausse des dépenses de santé et de la transition écologique ». Il ajoute que « sans réforme, le déficit public resterait supérieur à 5 % du PIB en 2030 ».

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Les causes structurelles identifiées

Les économistes pointent plusieurs facteurs : le coût du vieillissement (retraites, dépendance), la croissance des dépenses de santé, la transition écologique, et la charge de la dette. Le rapport note que la France a un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés de l'OCDE, ce qui limite les marges de manœuvre fiscales.

Jean-Luc Tavernier, directeur général de l'Insee, rappelle que « la France dépense chaque année 57 % de son PIB, soit 15 points de plus que la moyenne de la zone euro ». Il insiste sur la nécessité de « maîtriser les dépenses sociales et de santé, qui représentent les deux tiers de la dépense publique ».

Des recommandations pour l'avenir

Le rapport propose plusieurs pistes : réforme des retraites, maîtrise des dépenses de santé, rationalisation des dépenses fiscales, et amélioration de l'efficacité de la dépense publique. Natacha Valla, doyenne de l'École du management et de l'innovation de Sciences Po, estime qu'« il faut repenser le modèle social français pour le rendre soutenable financièrement tout en préservant sa qualité ».

Les économistes insistent sur le fait que ces réformes doivent être engagées rapidement, car la marge de manœuvre budgétaire se réduit. Xavier Jaravel, professeur à la London School of Economics, conclut : « Le prochain président devra faire des choix difficiles pour restaurer la soutenabilité des finances publiques. »

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