Relance de la filière laine : les éleveurs varois se mobilisent
Filière laine : les éleveurs varois en action

À Sillans-la-Cascade, dans le Var, l'association Enlainez-vous lutte pour redonner ses lettres de noblesse à la laine de brebis, surnommée « or blanc » par le président de la Région Paca, Renaud Muselier. Depuis cinq ans, cette structure milite pour reconstruire une filière laine régionale, de la tonte à la transformation, en passant par le lavage, le filage, le tissage et le feutrage. L'enjeu est de créer des débouchés économiques pour les éleveurs locaux, tout en sortant la laine de son statut réglementaire de déchet.

Un atelier convivial pour valoriser la toison

Au sein de l'association, des bénévoles comme Delphine, Clara, Jacqueline, Colette, Isabelle et Edwige feutrent des toisons de brebis de race sarde pour en faire des tapis. « C’est nous qui la feutrons. Feutrons. Feutrons la laine », chantent-elles en chœur en foulonnant les toisons. « Sur cette mélodie dont les paroles se réinventent toujours, nous synchronisons nos gestes pour réaliser des pièces uniques », explique Edwige, qui transmet la technique. Le processus consiste à ajouter de la laine cardée sous la toison pour créer une trame, puis à arroser d'eau chaude et de savon de Marseille pour ouvrir les écailles des poils, avant de fouler vigoureusement au pied, rincer et sécher.

Une production diversifiée à partir de trois élevages

L'association collecte un peu plus d'une tonne de laine par an auprès de trois fermes varoises : les brebis lacaune de Sylvain Apostolo, Nicolas et Guillaume Dreyer (ferme Le Jas du Vignal à Sillans-la-Cascade), les mérinos de Francis et Fiona Girard (GAEC des Pierres qui Roulent à Bauduen), et les brebis sardes et mérinos de Claire Duval et Jules Lauga (ferme des Bréguières à Esparron-de-Pallières). Avec cette matière première, Enlainez-vous confectionne du fil en pelotes, des bonnets, chaussettes, mitaines, chaussons, sacs, semelles et petits tapis en feutre. La vente s'effectue en ligne sur le site de l'association et au magasin Payzaou à Aups.

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Le déclin d'une filière historique

Catherine Apostolo, éleveuse retraitée et membre de l'association, retrace le déclin de la laine, autrefois richesse mondiale. Éclipsée par le coton puis les synthétiques, la laine a été délaissée au profit de la viande et du lait. En région Paca, un seul négociant assure la collecte, mais « il passe de moins en moins souvent », en raison du ralentissement des exportations post-Covid, de l'augmentation du gazole et des coûts de transport trop élevés face aux faibles tonnages en zones isolées. Parfois, le négociant « ne passe plus du tout » car il sélectionne exclusivement la laine mérinos. Résultat : « Les éleveurs sont obligés de stocker des tonnes de laine dans leurs hangars depuis environ cinq ans », déplore Catherine.

La laine, de produit agricole à déchet

Pire, la réglementation européenne a déclassé la laine : elle n'est plus un produit agricole mais un déchet. Pour Catherine, recréer la filière est essentiel pour « lui redonner sa juste valeur et la sortir de l’impasse du déchet ». Mais la transformation est un parcours du combattant. Le premier obstacle est la distance : « Où va-t-on laver notre laine ? » s'interroge-t-elle. En France, il ne reste qu'un seul lieu de lavage, à Saugues en Haute-Loire. Pour le filage, il faut expédier à la filature du Valgaudemar, dans la Creuse ou même en Bretagne pour le feutrage. Une aberration logistique qui pousse les acteurs à chercher des solutions locales.

Une prise de conscience politique

Renaud Muselier, président de la Région Paca, a récemment qualifié la laine d'« or blanc ». Ses services ont mis en place un comité de pilotage (Copil) pour réfléchir à une filière régionale. Cependant, Catherine Apostolo regrette que « tous les éleveurs et acteurs n’ont pas été associés ». Et elle insiste : « Il faut que les éleveurs soient partie prenante dès le début, sinon ça va être encore un fiasco comme d’autre projet pour l’agriculture. »

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Les collectifs se fédèrent pour peser

Le 1er mai, une dizaine de collectifs laine du Sud-Est (éleveurs, associations et acteurs) se sont réunis à Collobrières pour se fédérer et créer une association. Leur objectif : demander à intégrer le Copil et participer à l'élaboration de la filière. À terme, ils souhaitent créer une coopérative laine régionale « centralisant lavage et transformation sur le territoire ». Ils réclament aussi des formations autour de la laine, qui ont disparu des lycées agricoles et CFPPA. « Produire une belle laine s’anticipe dès le pré », rappelle Catherine, via l'alimentation et la sélection des béliers, et en formant des équipes de trieurs.

Des débouchés multiples au-delà du textile

Outre le vêtement et le textile, la future filière pourrait valoriser même les toisons grossières ou les rebuts. En isolation thermique des bâtiments, en feutres agricoles (voile pour protéger la terre, garder l'humidité, étouffer les mauvaises herbes) ou en granulés d'engrais riches en azote. Une véritable économie circulaire en développement. Comme le rappellent les bénévoles : « Il n’y a pas de mauvaise laine, il n’y a que des mauvais usages. »