Traînées d'avion : un rapport révèle leur impact climatique
Traînées d'avion : un rapport révèle leur impact climatique

L'ONG Transport & Environment (T & E) a publié mardi 22 septembre un rapport sur l'impact climatique des traînées de condensation des avions. Ces traînées, responsables d'un réchauffement comparable à celui du CO2 émis par l'aviation, pourraient être réduites en modifiant l'altitude de certains vols. En 2019, seulement 3 % des vols ont causé 80 % de cet effet.

De quoi s'agit-il exactement ?

Les traînées blanches laissées par les avions sont en réalité des cristaux de glace. Les moteurs rejettent notamment de la vapeur d'eau. À haute altitude, l'air chaud et humide issu de la combustion rencontre un air très froid. La vapeur se condense autour de fines particules et forme ces lignes blanches visibles derrière les avions. « Cela génère des cristaux de glace. Ce n'est pas différent d'un nuage naturel, mais il a été déclenché par le passage d'un avion », expliquait en août dernier à franceinfo Olivier Boucher, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de ces phénomènes et auteur du rapport.

Pourquoi certaines traînées disparaissent et d'autres persistent pendant des heures ? Tout dépend des conditions atmosphériques. Dans un air sec, les cristaux de glace s'évaporent rapidement. La traînée disparaît et son impact sur le climat reste faible. Dans certaines zones très humides de la haute atmosphère, elles peuvent au contraire grossir, s'étaler et persister jusqu'à douze heures. Elles forment alors des nuages de glace comparables à des cirrus.

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Quel est leur impact sur le climat ?

Ces nuages retiennent une partie du rayonnement infrarouge émis par la Terre. Une partie de cette chaleur s'échappe donc moins facilement vers l'espace. En août dernier, Olivier Boucher estimait, toujours auprès de franceinfo, que leur impact climatique était « à peu près du même ordre de grandeur » que celui du CO2 émis par l'aviation. Le chercheur estime qu'une réduction de moitié du réchauffement provoqué par ces traînées permettrait, au niveau actuel du trafic aérien, d'éviter l'équivalent de 67 à 225 millions de tonnes de CO2 par an.

Tous les avions ne traversent pas les zones atmosphériques favorables à la formation de traînées persistantes. Tous les vols n'ont donc pas le même impact. En 2019, seulement 3 % des vols auraient été responsables de 80 % du réchauffement provoqué par les traînées de condensation, selon les données reprises par T & E. Les vols de nuit et d'hiver figurent parmi les plus concernés. Cette concentration rend leur évitement envisageable : il ne serait pas nécessaire de modifier la trajectoire de tous les avions.

Peut-on les éviter en changeant l'altitude ?

C'est l'une des principales pistes étudiées. Il faut repérer les zones où les conditions sont favorables à la formation de traînées persistantes et les contourner. Un avion peut notamment descendre temporairement avant de retrouver son altitude habituelle. Olivier Boucher assure que le supplément de CO2 éventuellement provoqué par cette modification reste faible par rapport au gain climatique obtenu. Modifier l'itinéraire ou l'horaire de certains vols fait également partie des solutions étudiées.

Selon le rapport, réduire de moitié l'effet des traînées à partir de 2030 pourrait repousser d'environ dix ans l'atteinte d'un même niveau de réchauffement lié à l'aviation : + 0,08 °C en 2050 au lieu de 2040. Pourquoi cette solution n'est-elle pas déjà généralisée ? Parce qu'elle suppose d'adapter une partie de l'organisation du trafic aérien. Les compagnies devraient disposer de prévisions suffisamment fiables, intégrer de nouveaux outils dans leurs logiciels de planification et former pilotes et personnels au sol. Les contrôleurs aériens et Eurocontrol devraient également adapter leurs procédures et coordonner les changements de trajectoire.

Selon l'étude, l'évitement pourrait être généralisé dès 2032 dans certaines périodes de faible trafic, notamment pendant des nuits d'hiver et dans des zones périphériques de l'Europe. Elle évalue à 100 millions d'euros le coût des essais nécessaires à l'échelle européenne avant un déploiement plus large. L'évitement des traînées ne règle toutefois pas à lui seul l'impact climatique de l'aviation. Le rapport insiste sur un point : cette mesure doit venir en complément de la réduction des émissions de CO2 du secteur.

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Et la théorie des « chemtrails » ?

Cette théorie circule depuis la fin des années 1990. Selon cette théorie complotiste, les traînées blanches seraient des produits chimiques épandus par les avions pour agir sur la population ou sa santé. Le Parisien rappelle qu'aucune preuve ne vient étayer ces affirmations. Les traînées sont dues à la condensation : les cristaux de glace disparaissent vite lorsque l'air est sec et persistent plus longtemps lorsqu'il est humide. Selon des chercheurs interrogés par nos confrères, les premières expériences américaines de géo-ingénierie à la fin des années 1990 ont nourri cette théorie, ensuite largement relayée sur internet et les réseaux sociaux.