Le président américain Donald Trump a signé lundi 10 août un décret visant à réduire le nombre de vaccinations infantiles, limitant le calendrier vaccinal à onze vaccins et encourageant l'administration séparée des vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Cette mesure, longtemps défendue par le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses positions antivax, a immédiatement suscité une vive opposition de la communauté médicale et scientifique.
Un décret controversé
Dans ses justifications, Trump a évoqué des injections "de la taille d'une bouteille de soda", sans fournir de précisions sur cette comparaison. Il a également avancé que "certains groupes ne connaissent pratiquement aucun problème d’autisme", ajoutant que "ce sont des groupes qui ne sont pas vraiment tournés vers le monde des vaccins, donc il y a quelque chose qui ne va pas". Ces propos complotistes ont été rejetés par l'unanimité des médecins, qui rappellent que le lien entre autisme et vaccins n'a jamais été démontré.
Les spécialistes soulignent qu'aucune nouvelle donnée scientifique ne justifie une modification du calendrier vaccinal. Le calendrier américain repose sur des décennies de recherches et sur les besoins sanitaires spécifiques de la population. Le Dr Aaron Milstone, du comité des maladies infectieuses de l’American Academy of Pediatrics, alerte sur le risque de "semer la confusion chez les parents", ce qui pourrait les inciter à retarder la vaccination.
Des recommandations irréalistes
La Dre Elizabeth Mack, médecin spécialisée en soins intensifs pédiatriques à Charleston, en Caroline du Sud, a indiqué qu'aucun vaccin monovalent homologué contre la rougeole, les oreillons ou la rubéole n'est disponible aux États-Unis, rendant la recommandation irréalisable. "Nous n’avons pas de système qui permette cela", a-t-elle déclaré, s'interrogeant sur la nécessité de consultations supplémentaires et leur prise en charge par les assureurs.
Le sénateur républicain Bill Cassidy, lui-même médecin, a affirmé sur X que ce décret ne ferait qu'"accroître la méfiance et compromettre la sécurité des enfants". "Ce décret est une erreur. Le président ne dispose pas de l'expertise nécessaire pour mettre en œuvre ces changements. Les vaccins sont extrêmement sûrs. Les vaccins sont efficaces. Les vaccins NE PROVOQUENT PAS l'autisme", a-t-il ajouté.
Un contexte d'épidémie de rougeole
Cette décision intervient alors que les États-Unis font face à une épidémie de rougeole sans précédent depuis 35 ans, due au recul de la vaccination. Le gouvernement fédéral n'ayant pas l'autorité directe sur les décisions vaccinales, il se contente de conseiller aux États de revoir les vaccins obligatoires pour la scolarisation. Mais cette mesure pourrait aggraver la situation.
En janvier, Robert F. Kennedy Jr. avait déjà réduit le calendrier vaccinal en supprimant les vaccins contre six des 17 maladies ciblées, une mesure suspendue par un tribunal fédéral. Le décret réaffirme cette réforme malgré la procédure judiciaire en cours. Jeffrey Singer, de l'institut Cato, un think tank libertarien, avait alors déclaré : "Les modifications proposées par l'administration Trump au calendrier vaccinal des enfants illustrent les risques liés au fait de laisser les recommandations du gouvernement occuper une place privilégiée dans la prise de décision médicale."
L'OMS met en garde
En septembre dernier, le porte-parole de l'OMS, Tarik Jasarevic, avait dénoncé les dangers de ces modifications : "Lorsque les calendriers de vaccination sont retardés, perturbés ou modifiés sans vérification des données probantes, le risque d'infection augmente fortement, non seulement pour l'enfant, mais aussi pour l'ensemble de la communauté."
Les experts craignent que ce décret n'accroisse la méfiance envers les vaccins et ne compromette la santé publique, alors que la rougeole, une maladie hautement contagieuse, continue de se propager.



