À 17 ans, Milan Violon est devenu le premier homme sélectionné en équipe de France de natation artistique, une discipline longtemps réservée aux femmes. Originaire de la région lyonnaise, il a participé aux championnats d'Europe au Centre aquatique olympique de Saint-Denis, où il a contribué à la cinquième place des Bleues en finale de l'épreuve par équipes. Mais sa médiatisation a déclenché une vague de messages haineux, qu'il a choisi de dénoncer publiquement.
Une vague de haine après sa médiatisation
Après les éliminatoires, un extrait de son interview avec sa coach Laure Aubry a été publié sur TikTok et Instagram. « De là, j'ai vu énormément de commentaires haineux. Des messages assez répugnants, méchants », se souvient-il. Le lendemain, après la finale, il décide de parler de ce qu'il a subi : « Je me suis dit qu'il fallait que je le dise, que j'en parle, sinon, ça ne changerait jamais. »
Alertée dès le mardi matin, sa head coach Julie Fabre a contacté la Fédération française de natation, qui a publié un communiqué de soutien. La fédération a rappelé que « la natation artistique est une discipline ouverte à toutes et à tous » et que la présence d'hommes en compétition constitue « une évolution légitime et pleinement reconnue » du sport.
Un parcours inspiré par sa sœur
Milan a commencé la natation artistique en 2020, après avoir longtemps regardé sa sœur pratiquer ce sport. « J'allais la voir à toutes les compétitions, à tous les galas », confie-t-il. Il a fait son premier stage dans le club de sa sœur à Villefranche, puis a intégré le club d'Aix-en-Provence, avant d'être sélectionné à l'Insep. « Quand j'ai été pris, je me souviens que je n'ai pas tout de suite réalisé. L'équipe de France me semblait inatteignable, étant donné que j'avais commencé quatre ans auparavant », raconte-t-il.
Il est arrivé dans la discipline après l'évolution des règlements : les hommes sont autorisés en duo mixte depuis 2015, en solo depuis 2022, et en équipe depuis 2023. « Je suis arrivé au bon moment, car pour moi, je faisais juste un sport », explique-t-il.
Briser les clichés sur la puissance
Milan tient à démonter le cliché selon lequel un homme apporterait « plus de puissance » à l'équipe. « On m'a souvent dit que j'allais aider sur les portés, mais les filles travaillent tout autant. Et avant qu'il y ait les garçons, elles les faisaient déjà. Donc, d'un point de vue technique, ça n'apporte pas grand-chose », souligne-t-il. Selon lui, les qualités sportives nécessaires sont « les mêmes qu'on soit un garçon ou une fille ».
Il reconnaît toutefois que sa morphologie facilite son intégration : « J'ai de la chance d'avoir des lignes de jambes fines, des pointes », précise-t-il. Un avantage que tous les garçons n'ont pas.
Parler pour les générations futures
En dénonçant les messages haineux, Milan pense notamment « aux petits qui aimeraient commencer ». Il a reçu des messages de jeunes « découragés, prêts à abandonner leur passion en voyant le déferlement de haine ». Il veut « parler pour eux mais aussi pour que la mentalité change, qu'on arrête de genrer le sport ».
La France n'est pas isolée : lors de la finale, la Grèce et Israël alignaient aussi un homme dans leur ballet. Milan se dit « chanceux » de recevoir autant de soutien, mais il reste déterminé : « Honnêtement, ce n'est pas pour ces critiques que je vais arrêter mon sport. Ces commentaires, je m'en sers de force. Je ne lâcherai pas. »
Des objectifs olympiques clairs
Il vise désormais une place de titulaire dans les équipes qualificatives pour les Jeux olympiques. « On vise Los Angeles 2028, ou Brisbane 2032 s'il faut patienter », confie-t-il. Il adresse un message à ceux qui hésitent à se lancer : « Il faut essayer, il ne faut pas avoir peur de commencer. Oui, il y aura des gens méchants. Mais si on est bien entouré, ça devient une force pour se donner encore plus. Il faut juste ne pas lâcher. »



