Le projet de construction d'une méga-usine de production de saumons dans la commune de Saint-Savin, en Gironde, franchit une nouvelle étape malgré les vives oppositions. Le promoteur, la société Pure Salmon, a déposé une demande d'autorisation environnementale auprès de la préfecture. L'usine, d'une capacité de 10 000 tonnes par an, représente un investissement de 200 millions d'euros et promet la création de 300 emplois directs.
Un projet contesté sur les plans environnemental et économique
Les opposants dénoncent un "suicide environnemental et économique". Selon eux, l'élevage intensif de saumons en bassins terrestres nécessitera des volumes d'eau considérables et produira des rejets polluants. "C'est un non-sens écologique dans une région déjà soumise à des tensions sur la ressource en eau", déclare un porte-parole de l'association Sepanso. Le projet prévoit de pomper jusqu'à 15 millions de mètres cubes d'eau par an dans la nappe phréatique.
Les élus locaux divisés
Le maire de Saint-Savin, Alain Renard, soutient le projet, y voyant une opportunité de développement économique. "Cela va créer des emplois et dynamiser notre territoire", affirme-t-il. En revanche, la communauté de communes et plusieurs maires voisins expriment leur inquiétude. Le conseil départemental de la Gironde a émis un avis défavorable, pointant les risques pour l'environnement et l'agriculture locale.
Une mobilisation citoyenne croissante
Plus de 5 000 personnes ont signé une pétition en ligne contre le projet. Des rassemblements ont eu lieu devant la mairie de Saint-Savin et à Bordeaux. Les opposants appellent à une manifestation le 15 juillet. "Nous ne laisserons pas détruire notre territoire pour des intérêts privés", martèle un militant de Greenpeace. Le collectif "Non à la méga-ferme à saumons" prévoit de contester l'autorisation environnementale devant le tribunal administratif.
Un modèle controversé d'aquaculture
Pure Salmon défend son projet en mettant en avant une technologie de recyclage de l'eau à 98 %, ce qui réduirait les prélèvements. "Nous utilisons un système de recirculation innovant qui minimise l'impact sur l'environnement", explique le directeur général de Pure Salmon France, Xavier Govare. Cependant, les critiques soulignent que les rejets de nitrates et de phosphores restent problématiques, et que l'énergie nécessaire au fonctionnement de l'usine proviendra en partie de sources fossiles.
Un précédent en France
Le projet s'inspire d'une unité similaire déjà opérationnelle en Bretagne, à Plouisy, qui produit 1 000 tonnes de saumon par an. Mais les opposants estiment que l'échelle de Saint-Savin est démesurée. "Multiplier par dix la production, c'est multiplier les risques", estime un expert en aquaculture interrogé par Libération. La décision de la préfecture est attendue dans les prochains mois.



