Un constat alarmant
Le phénomène des incendies de forêt s'intensifie en France et en Europe, poussant les autorités à repenser leurs stratégies. Un rapport sénatorial publié en juillet 2026 souligne l'urgence d'une réponse coordonnée à l'échelle nationale et européenne. Selon le rapport, la saison des feux de 2025 a été particulièrement dévastatrice, avec plus de 80 000 hectares brûlés en France, soit une augmentation de 40 % par rapport à la moyenne des dix années précédentes.
Des moyens insuffisants
Les moyens actuels de lutte contre les incendies sont jugés insuffisants face à l'ampleur des départs de feu. Le Sénat recommande notamment de renforcer la flotte de bombardiers d'eau, actuellement composée de seulement 12 Canadair, et d'améliorer la coordination entre les sapeurs-pompiers civils et les unités de sécurité civile. Le rapport estime qu'un investissement de 500 millions d'euros sur cinq ans est nécessaire pour moderniser les équipements et augmenter les capacités de réaction rapide.
La nécessité d'une solidarité européenne
Au niveau européen, le rapport préconise de créer un corps permanent de pompiers européens, capable d'intervenir rapidement lors de crises majeures. Cette proposition s'appuie sur le précédent du mécanisme de protection civile de l'UE, qui a permis de déployer des moyens aériens et terrestres lors des incendies de 2022 en France et en Grèce. Le sénateur Jean-Pierre Michel, co-auteur du rapport, affirme : « Nous ne pouvons plus compter uniquement sur les bonnes volontés ponctuelles. Il faut une force d'intervention dédiée, financée par le budget européen. »
Prévention et aménagement du territoire
Le rapport insiste également sur la prévention. Il propose un plan national de débroussaillement obligatoire dans les zones à risque, ainsi que des mesures d'urbanisme pour limiter la construction dans les interfaces forêt-habitat. Les experts estiment que 90 % des départs de feu sont d'origine humaine, souvent par imprudence. Une campagne de sensibilisation nationale est recommandée, ciblant particulièrement les zones touristiques.
Changement climatique et saison des feux
Le changement climatique aggrave les conditions propices aux incendies, avec des sécheresses plus fréquentes et des vagues de chaleur plus intenses. Selon Météo-France, la durée de la saison des feux s'est allongée de deux à trois semaines en vingt ans. Le rapport appelle à intégrer ces évolutions dans la planification des moyens de lutte, en étendant les périodes de vigilance et en recrutant des saisonniers pour l'été.
Un appel à l'action politique
Les sénateurs demandent au gouvernement de présenter un projet de loi avant la fin de l'année 2026, afin de traduire ces recommandations en mesures concrètes. Ils soulignent que le coût de l'inaction serait bien supérieur aux investissements nécessaires, tant en termes de vies humaines que de dégâts économiques et écologiques. La commission des Finances du Sénat a chiffré à 3 milliards d'euros le coût des incendies de 2025, incluant les dépenses de lutte, les indemnisations et la perte de capital forestier.
Vers une gouvernance renforcée
Enfin, le rapport propose de créer une agence nationale de la protection des forêts, rattachée au ministère de la Transition écologique, qui serait chargée de coordonner l'ensemble des acteurs. Cette agence travaillerait en lien avec un centre européen de coordination des feux de forêt, basé à Lyon. L'objectif est d'éviter les doublons et de mutualiser les moyens à l'échelle du continent. Le rapport conclut que seule une approche intégrée, alliant prévention, préparation et réponse rapide, permettra de faire face au défi croissant des incendies.



