Incendies : la saison s'étend de juin à octobre et remonte vers le nord
Incendies : saison étendue et remontée vers le nord

La saison des incendies en France s'étend désormais de juin à octobre, contre juillet-août traditionnellement, et le risque remonte vers le nord du pays, alerte Pauline Vilain-Carlotti, docteure en géographie et autrice de « L'épreuve du feu. Habiter autrement la terre » aux éditions Flammarion. Neuf feux sur dix sont d'origine humaine, principalement par négligence.

Extension de la saison des incendies : de juillet-août à juin-octobre

Le nombre de départs de feu reste stable avec environ 5 400 incendies par an, mais cette stabilité masque une réalité plus inquiétante. « La saison des incendies normalement c'était juillet-août, aujourd'hui c'est juin-octobre », explique Pauline Vilain-Carlotti. Le réchauffement climatique transforme la donne : la sécheresse devient double, celle de l'air et celle des sols, rendant la végétation ultra-sèche et combustible sur une fenêtre temporelle beaucoup plus large. Les 90 % de petits feux habituels inquiètent moins que les 10 % restants, qui menacent directement les biens et les personnes.

Remontée du risque vers le nord : les nouveaux territoires du feu

« On constate très clairement que le changement climatique a pour effet une remontée vers le nord du risque incendie », souligne l'experte. Ce qui était une problématique strictement méditerranéenne s'étend désormais à l'ensemble de la France métropolitaine. Ces « nouveaux territoires du feu » ne sont pourtant pas si nouveaux : la Bretagne connaît des grands feux depuis les années 1970-1980, mais avec une fréquence plus faible qu'en zone méditerranéenne. Aujourd'hui, cette fréquence augmente partout, nécessitant une réflexion nationale sur la prévention et l'aménagement.

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90 % des feux d'origine humaine : négligence et malveillance

Pauline Vilain-Carlotti distingue deux types de causes principales. D'abord la négligence : mégots, barbecues, bivouacs en forêt, mais aussi usage inapproprié de machines générant des étincelles. « C'est le fait de ne pas adapter ses pratiques à la météo du jour, à l'endroit où on se situe », précise-t-elle. La malveillance constitue la seconde cause, plus résiduelle mais réelle. Au-delà de ces actes ponctuels, l'experte pointe une responsabilité plus large : « Notre idée d'être maître et possesseur de la nature, qu'elle est à notre service, qu'elle est une ressource qu'on peut exploiter de manière infinie. »

L'incendie de forêt, un impensé de l'urbanisme français

« L'incendie de forêt, pendant longtemps, c'est un impensé de l'urbanisme », répond Pauline Vilain-Carlotti. Contrairement aux incendies urbains, largement réglementés, les feux de forêt sont restés longtemps hors du champ de l'urbanisme. La France ne compte qu'environ 250 plans de prévention des risques d'incendie de forêt, contre des milliers pour les inondations. « Bizarrement, on a beaucoup moins de complexité à mettre en œuvre des milliers de plans de prévention du risque d'inondation », observe l'experte. Cette disparité révèle un hiatus considérable dans la prise en compte du risque.

Retard des politiques publiques face aux enjeux financiers croissants

La France accuse un retard important en matière de politique publique. « Pendant longtemps il y a eu un aveuglement », reconnaît Pauline Vilain-Carlotti. Cet aveuglement diminue aujourd'hui face aux enjeux financiers et assuranciels qui deviennent considérables. L'évolution réglementaire peut être rapide en mode réactionnel, mais son application concrète prend généralement une dizaine d'années. Un délai qui semble long face à l'urgence climatique et à l'extension géographique du risque incendie sur l'ensemble du territoire français.

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