Le 8 juillet 2025, vers midi, un incendie s'est déclaré sur les hauteurs de l'Estaque, à Marseille. Dominique Laurent-Crippa, ancienne infirmière, n'était pas chez elle lorsque les flammes ont commencé à progresser. « L'odeur nous a alertés, parce que c'est une odeur très typique de bois, de bois brûlé, enfin on ne comprend pas trop, c'est assez âcre », témoigne-t-elle. Cette odeur lui rappelle immédiatement l'incendie de 2020, le premier qu'elle a vécu dans la région.
L'escalade rapide de la situation
De retour chez elle, perchée sur les hauteurs avec vue sur les collines environnantes, Dominique et ses voisins tentent d'évaluer la distance des flammes. « Chacun monte sur une autre colline pour essayer de voir la distance des flammes. On met beaucoup de temps à comprendre parce que déjà la fumée change. » La fumée, d'abord blanche, vire rapidement au noir puis à l'orange. « C'est devenu de plus en plus dense. Et on a commencé à avoir du mal à respirer, puisqu'on était pris dans ce nuage jaune, orangé. »
Les alertes préfectorales de confinement ne parviennent pas à tous les habitants. Dominique n'en recevra qu'une seule à 17h, alors qu'elle sera déjà loin de chez elle. La confusion générale s'aggrave quand retentissent les premières explosions : « Des bouteilles de gaz, certainement, des voitures, certainement aussi. » Ces détonations témoignent de la rapidité avec laquelle le feu progresse et de sa dangereuse proximité.
L'évacuation d'urgence
L'angoisse monte pour Dominique, qui habite dans un vallon dont la seule sortie passe par un tunnel. « L'inquiétude qu'on a quand on vit dans ce vallon, c'est d'être coincé au niveau du tunnel si des flammes sont à droite, à gauche, au milieu. » Vers 14h30-15h, elle décide de partir avec une voisine. En se retournant, elles voient « les flammes arriver à droite, à gauche ».
« Là, on se dit que c'est fini pour la maison ? ». Aucun secours terrestre n'est encore arrivé - les premiers pompiers n'interviendront qu'à 18h. Seul un bombardier d'eau, passé « au bon moment », sauvera finalement sa maison en éteignant l'incendie qui l'entourait.
Vivre en zone à risque : une réalité assumée
Dominique connaît les risques. Depuis l'incendie de 2001, elle évacue chaque année ses documents administratifs et photos chez ses enfants en centre-ville. « Les anciens disaient que de toute façon, tous les 20 ans, ça brûlera parce que la végétation a le temps de se refaire. Et effectivement, là, c'est en gros 24 ans plus tard. »
Pourquoi rester malgré le danger ? « Parce que je tiens à ma maison, parce qu'elle est de 1930, et je me dis qu'elle a résisté à tout ça, on va résister ensemble, et que je suis dans un cadre de vie que je n'ai absolument pas envie de quitter. »
Mesures de prévention et entraide collective
Face à cette menace récurrente, Dominique a développé ses propres stratégies. Elle débroussaille intensivement son terrain et fait appel au service de gestion des risques incendies. Elle avait même initié un projet de chèvres pour le débroussaillage, abandonné faute de soutien mais qui renaît aujourd'hui grâce à un collectif créé après l'incendie.
L'entraide entre voisins s'avère cruciale : « Il y a des personnes qui, malgré la dangerosité, sont restés et ont arrosé et ça a sauvé des maisons. » Pour Dominique, la solution passe par une responsabilité collective : « Tout seul, c'est compliqué. Ensemble, c'est une évidence pour gérer. »



