L'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, lauréat du Prix Fnac 2026 et en lice pour le Goncourt, fait face à des accusations d'utilisation de l'intelligence artificielle pour son roman « C'était ça ou mourir », ainsi qu'à des allégations de plagiat pour des textes publiés il y a plus de dix ans. La polémique, révélée par un compte X, a pris une ampleur considérable, poussant son éditeur français Grasset et son éditeur québécois Les Éditions du Boréal à réagir.
Une accusation virale sur les réseaux sociaux
L'accusation initiale a été lancée en début de semaine par le compte « Balance ton Claude », qui comptait alors 92 abonnés. Ce compte a affirmé que le roman « C'était ça ou mourir » avait été « presque intégralement » rédigé par une intelligence artificielle, en s'appuyant sur une analyse d'extraits réalisée avec le logiciel américain de détection Pangram. Le post est devenu viral, étant repartagé plus de 1 000 fois et accumulant plus de 3 millions de vues.
Face à cette accusation, la maison d'édition Grasset a pris la défense de l'écrivain. Dans un communiqué, l'éditeur estime que ces propos « affirment de façon péremptoire que le livre aurait été nourri ou écrit par une IA » et « blessent affreusement l'écrivain au parcours exceptionnel ». Grasset salue un « homme venu à Paris défendre son travail de création, original, puissant » et renouvelle sa « confiance absolue » et son « admiration pour son travail poétique mené depuis vingt ans », concluant sur une défense des « écritures à jamais libres ».
L'auteur se défend et l'Académie Goncourt appelle à la prudence
Thélyson Orélien a réagi auprès de Libération, déclarant : « J'ai toujours aimé la création et l'écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. » Il a précisé être « en train de constituer un dossier » avec ses éditeurs « pour prouver » qu'il a écrit l'ouvrage de sa main. Il a également évoqué ses traditions haïtiennes et caribéennes, expliquant que « les images, les répétitions et les rythmes sont une parole vivante, elles sont miennes ».
Le président de l'Académie Goncourt, Philippe Claudel, a appelé à « la prudence » sur Franceinfo, déclarant : « Ne jetons pas l'opprobre immédiatement sur un auteur dont le livre caracole en ce moment. » Il a ajouté avoir beaucoup apprécié « C'était ça ou mourir » et n'avoir à « aucun moment » soupçonné une écriture par IA. Il s'est interrogé sur le timing de cette information, évoquant le profil de l'auteur, « haïtien et canadien, qui est noir, qui est francophone mais étranger », des sujets « qui peuvent paraître piquants dans une période où les passions s'enflamment ».
Des allégations de plagiat au Canada
Dans les heures qui ont suivi, la polémique s'est amplifiée avec des allégations de plagiat au Canada. Le quotidien québécois La Presse a indiqué mercredi avoir constaté qu'une chronique de Thélyson Orélien publiée en 2013 était, dans sa « quasi-totalité », une « traduction légèrement remaniée » d'un article du journal philippin The Philippine Star, diffusé quelques jours plus tôt. La Presse stipule désormais au-dessus de l'article incriminé : « depuis la publication de ce texte, nous avons appris que son auteur avait commis un plagiat ».
Le quotidien et Radio-Canada évoquent d'autres textes contenant des passages plagiés, publiés notamment dans le HuffPost Québec ou sur des blogs. Radio-Canada rapporte également qu'une nouvelle de l'écrivain, primée par le groupe public dans les années 2010, contient des phrases tirées du livre « Le matin des magiciens » de Louis Pauwels et Jacques Bergier, publié en 1960.
Les éditeurs réagissent et promettent des vérifications
L'éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, a déclaré : « Nos doutes sur la démarche de Thélyson Orélien quant à son recours à l'IA ont mené à la découverte de plagiat. » Il a ajouté : « À une époque où le public est inondé de faux, notre rigueur quotidienne dans la vérification de l'information est notre plus grande responsabilité. Cette tromperie est décevante et inexcusable. » Dans un communiqué diffusé mercredi, Les Éditions du Boréal, éditeur québécois de l'auteur, ont indiqué « prendre ces allégations très au sérieux, tant pour l'auteur que pour ses lecteurs et pour la confiance qui unit une maison d'édition à son public ». La maison d'édition a précisé « déployer tous les efforts nécessaires, avec l'auteur comme à l'interne, afin de faire toute la lumière sur les allégations » concernant l'usage de l'IA générative pour l'écriture de « C'était ça ou mourir ».