À Cannes, les douches de plage continuent de fonctionner malgré l'alerte renforcée sécheresse décrétée depuis le 31 juillet sur le bassin-versant de la Siagne. Cette situation suscite des avis partagés parmi les usagers, entre attachement au service, compréhension des restrictions et scepticisme sur leur efficacité. Le maire David Lisnard a d'ailleurs engagé un recours en justice contre cette mesure qu'il juge « absurde ».
Un service toujours en fonctionnement
Sur la plage Brigitte-Bardot, l'eau s'écoule sans interruption. Les estivants se rincent les pieds après la baignade ou enlèvent le sable des serviettes. Une scène banale en août, qui contraste pourtant avec les restrictions préfectorales. Depuis le 31 juillet, le bassin-versant de la Siagne est en alerte renforcée sécheresse, et les douches de plage figurent parmi les usages à supprimer. Mais à Cannes, les installations restent opérationnelles.
Cette situation n'échappe pas aux usagers. Pascal, habitué de la plage, estime que le maintien des douches relève du bon sens : « Quand on sort de l'eau, ça permet de se rincer le sel, d'enlever le sable avant de remettre ses chaussures ou de rentrer dans la voiture. Pour les familles avec des enfants, c'est encore plus utile », explique-t-il. Tout en se disant conscient de la nécessité d'économiser l'eau, il peine à comprendre l'objectif de cette restriction : « Si on nous explique qu'ici il y a suffisamment de réserves, je ne vois pas l'intérêt de supprimer un service qui est pratique pour tout le monde. Pourquoi s'en priver ? À condition, bien sûr, que les gens ne laissent pas couler l'eau inutilement. »
Résignation et adaptation
À quelques pas, Marie se promène avec son petit-fils, qui veut courir appuyer sur le bouton des douches. « Il adore ça », sourit-elle. Pour autant, la retraitée accepte l'idée de s'en passer : « Avec les incendies dans le Var, les fortes chaleurs et tout ce qu'on entend sur la sécheresse, je pense qu'il faut accepter de faire quelques efforts, même pendant les vacances. Ce n'est pas agréable, mais on s'adapte. »
Cette position nuancée revient souvent parmi les promeneurs : la douche est appréciée, mais beaucoup reconnaissent que les restrictions peuvent se justifier si la situation hydrique l'impose réellement.
Scepticisme sur l'efficacité
Jean-Pierre, en vacances sur la Côte d'Azur, se montre plus sceptique. « J'ai surtout l'impression qu'on montre aux gens qu'on agit », glisse-t-il. Selon lui, la fermeture des douches serait plus un symbole qu'une véritable économie d'eau. « Évidemment qu'il faut préserver la ressource, personne ne remet ça en cause. Mais il faudrait peut-être concentrer les restrictions là où elles auront un véritable impact plutôt que de supprimer un service utilisé par les familles, les sportifs ou les touristes. »
Sur le sable cannois, les jets d'eau continuent d'accompagner les retours de baignade. Jusqu'à leur éventuelle fermeture, les avis, eux, continueront de couler dans des sens différents.
David Lisnard contre l'État
Le maire de Cannes, David Lisnard, ne mâche pas ses mots. Lundi 3 août, il rappelait : « On regorge d'eau », mettant en avant les importantes pluies et chutes de neige de l'hiver pour défendre la situation hydrique du bassin de la Siagne. S'il affirme que la Ville appliquera l'arrêté préfectoral (les douches fonctionnaient pourtant encore hier), il a engagé un recours en justice contre une décision qu'il juge « absurde » et fondée sur une lecture « idéologique » de la situation.
L'édile, ancien président du Syndicat intercommunal chargé de l'alimentation en eau potable du bassin cannois (SICASIL), rappelle que la collectivité a investi 140 millions d'euros en vingt ans pour sécuriser son approvisionnement. Il insiste sur un chiffre : les 10 millions de mètres cubes disponibles dans la réserve de Saint-Cassien n'ont toujours pas été utilisés, preuve, selon lui, que les réserves sont largement suffisantes. « Ce n'est pas parce qu'on va couper de l'eau à Cannes qu'il y aura plus d'eau ailleurs », martèle-t-il.
David Lisnard estime que les restrictions imposées aux douches de plage ou à l'arrosage des espaces verts ne permettront pas d'aider les territoires en difficulté, alors même que Cannes fournit déjà de l'eau au Pays de Grasse, à l'ouest d'Antibes et à l'est du Var. Il dénonce également une contradiction de l'État, qui encourage les communes à développer des îlots de fraîcheur tout en limitant l'arrosage des espaces verts. « On ne peut pas nous demander de planter des arbres et, dans le même temps, nous interdire de les arroser », insiste-t-il.



