L'île du Grand Rouveau, située dans l'archipel des Embiez à quelques encablures du Brusc, semble être un petit bout de terre laissé à lui-même. Pourtant, elle est l'objet d'une surveillance attentive. Depuis 2021, l'association Petites Îles de Méditerranée (PIM) cogère officiellement le site avec la Ville de Six-Fours. L'île reste accessible au public, mais l'objectif est de préserver son caractère sauvage tout en maintenant cet accès. Alexia Soler, écogarde pour PIM, est en première ligne de cette mission.
Patrouilles et sensibilisation : les missions des écogardes
Le rôle des écogardes ne se limite pas à la surveillance. « L'idée, c'est de faire de la sensibilisation », explique Alexia Soler. Lors de leurs patrouilles, ils rappellent les règles essentielles : les feux et le bivouac sont interdits, et l'amarrage au débarcadère est réglementé. En mer, l'attention se porte particulièrement sur les mouillages. Les plaisanciers sont invités à jeter l'ancre sur les fonds sableux plutôt que dans les herbiers de posidonie.
Cette plante à fleurs, endémique de Méditerranée, pousse extrêmement lentement : ses rhizomes progressent de seulement 1 à 6 centimètres par an selon leur orientation. Une ancre peut ainsi arracher en quelques instants ce qui mettra des décennies à se reconstituer. Autour du Grand Rouveau, l'enjeu est d'autant plus important que les fonds abritent notamment un récif-barrière de posidonie, une structure rare.
Une île étudiée toute l'année
La protection du Grand Rouveau dépasse largement les patrouilles estivales. « On fait aussi des suivis de la faune et de la flore », précise Alexia Soler. Des étudiants en BTS Gestion et Protection de la nature sont également accueillis sur le site lors de formations de terrain, notamment pour apprendre différents protocoles de suivi des milieux terrestres et marins. Le Grand Rouveau est aussi intégré à un programme de recherche international consacré au suivi des effets du changement climatique. Des études sont menées sur l'île pour observer l'évolution de cet écosystème insulaire sur le long terme.
Le phyllodactyle d'Europe, un habitant discret
Parmi les habitants les plus discrets du Grand Rouveau se cache le phyllodactyle d'Europe. « On a une belle population sur l'île », souligne Alexia Soler. Ce petit gecko nocturne trouve refuge dans les fissures rocheuses et passe facilement inaperçu. Sa petite taille, son activité exclusivement nocturne et son comportement discret rendent son observation particulièrement complexe. Le Grand Rouveau constitue donc un terrain précieux pour mieux le connaître. Un suivi à long terme de sa population y est documenté scientifiquement, notamment à travers des travaux associant le CEFE-CNRS, et des refuges artificiels permettent de faciliter l'observation des individus.
Une richesse invisible aux yeux des visiteurs
C'est aussi tout l'enjeu du travail des écogardes : permettre au public de continuer à profiter du Grand Rouveau tout en préservant l'un des derniers refuges d'habitats naturels et sauvages de l'archipel. La richesse de l'île est souvent invisible, mais elle est essentielle. Les écogardes jouent un rôle clé dans cet équilibre fragile.
Du phare aux premiers protecteurs
Longtemps sauvage, le Grand Rouveau commence à changer de visage en 1856, avec la construction d'un phare destiné à sécuriser les abords de l'île, dangereux pour les voiliers de commerce de Sanary et Bandol. Achevé en 1864, il s'accompagne d'un débarcadère, d'un chemin et de bâtiments pour les gardiens, qui habiteront l'île pendant plus d'un siècle. En 1974, l'automatisation du phare entraîne le départ des deux derniers gardiens. Le Grand Rouveau redevient alors inhabité pendant 17 ans.
Dans le même temps, le développement de la plaisance entraîne une fréquentation croissante et de nouvelles nuisances : feux de camp, déchets et dégradations. Face à cette situation, des habitués créent en 1990 l'Association de protection de l'île du Rouveau (APIR). Une décennie plus tard, en 2000, l'île est affectée au Conservatoire du littoral, à l'exception du phare, de sa voie d'accès et de l'embarcadère. Une nouvelle page s'ouvre alors : celle de sa protection.



