Un projet pharaonique pour sauver la Charente : pomper l'eau de Corrèze face à la sécheresse
Alors que les inondations de la Charente laissent place au nettoyage des maisons sinistrées, une menace plus insidieuse émerge : la sécheresse. Le mercredi 4 mars, une étude révélant l'extrême fragilité du fleuve Charente face au changement climatique a été dévoilée à Tulle, au Conseil départemental de Corrèze. Cette présentation coïncidait étrangement avec la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour inondations dans une dizaine de communes de Saintonge.
Une solution de rupture à 600 millions d'euros
Les travaux de prospective détaillent une « solution de rupture » ambitieuse pour l'horizon 2050. Il s'agirait de prélever 30 à 40 millions de mètres cubes d'eau dans la Dordogne et la Vienne, cours d'eau moins vulnérables à la sécheresse, pour les acheminer vers la Charente limousine. Le coût de ce projet pharaonique est estimé à 600 millions d'euros.
Pascal Coste (LR), président du Département de la Corrèze et commanditaire de l'étude, a déclaré : « La question du modèle économique sera centrale mais pourquoi pas […] Moi, Corrézien, je suis prêt à prendre le risque ». En revanche, les élus de Charente et de Charente-Maritime se sont montrés plus réservés, bien que tous aient « revendiqué le droit à réfléchir ». Aucune décision n'a été prise à ce stade.
Un transfert d'eau complexe depuis le Massif Central
Le contexte est alarmant : d'ici 2050, le fleuve Charente pourrait perdre le tiers de son débit. Pour satisfaire les usages, il faudrait 80 à 100 millions de m³ d'eau supplémentaires par an, un volume qui pourrait être réduit à 40-50 millions de m³ grâce à un grand plan de sobriété.
Le projet envisage la création d'un nouveau barrage à Pont-d'Arpiat, à la confluence de la Dordogne et du Chavanon, près du Puy-de-Dôme. Cette retenue pourrait stocker 45 à 46 millions de m³. L'eau serait ensuite :
- Pompée et acheminée via des conduites souterraines sur environ 60 km
- Transférée vers les lacs de Servières, Chaumet et Vassivière sur le Plateau de Millevaches
- Utiliserait les cours de la Maulde et de la Vienne comme « canalisation naturelle » jusqu'à Exideuil-sur-Vienne
- Serait à nouveau pompée sur une dizaine de kilomètres vers les retenues de Haute Charente
Ces modestes lacs (Lavaud et Mas-Chaban), aménagés en 1989 et 2000 près des sources de la Charente, ne retiennent actuellement que 21 millions de m³.
Des réserves locales et un coût prohibitif
Face à ce projet jugé « trop cher, inaccessible » par les élus charentais, des alternatives locales sont explorées. L'EPTB Charente, gestionnaire public du fleuve basé à Saintes, étudie notamment :
- L'augmentation de la capacité de stockage des lacs Lavaud et Mas-Chaban
- Une meilleure exploitation du karst de La Rochefoucauld
- La modulation du niveau de la Touvre avec des diguettes gonflables
La Touvre, qui naît d'un important aquifère, représente la deuxième plus grande résurgence de France après la fontaine de Vaucluse.
Cette étude, commandée par le Conseil départemental de la Corrèze avec le soutien financier des deux départements charentais et de l'Agence de l'eau Adour-Garonne, a coûté environ 100 000 euros. Confiée à Rives & Eaux du Sud-Ouest, elle souligne l'urgence de trouver des solutions durables face au changement climatique qui menace le bassin-versant de la Charente.



