L'Assemblée nationale a adopté, le jeudi 4 juin 2026, une proposition de loi ambitieuse visant à réduire l'exposition de la population au cadmium, un métal lourd toxique, et ce, contre l'avis du gouvernement. Le texte, porté par le député écologiste Julien Bayou, a été voté à une large majorité, avec 142 voix pour et 98 contre. Il prévoit notamment l'interdiction progressive du cadmium dans les engrais phosphatés, les batteries et les pigments, ainsi que le renforcement des seuils de surveillance dans l'eau et l'alimentation.
Un enjeu sanitaire majeur
Le cadmium est classé comme cancérogène certain pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il est également associé à des maladies rénales, osseuses et cardiovasculaires. Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), près de 10 % de la population française présente des niveaux d'exposition au cadmium supérieurs aux seuils de sécurité. Les principales sources de contamination sont les engrais phosphatés, les batteries au nickel-cadmium, les pigments et les émissions industrielles.
Les mesures clés du texte
- Interdiction progressive : La vente d'engrais phosphatés contenant du cadmium sera interdite à partir de 2028, et celle des batteries au nickel-cadmium à partir de 2027.
- Seuils renforcés : Les limites maximales de cadmium dans l'eau potable et les denrées alimentaires seront abaissées de 50 % d'ici 2030.
- Surveillance accrue : Un réseau de surveillance biologique sera mis en place pour mesurer l'imprégnation au cadmium dans la population, avec un bilan annuel.
- Information du public : Les fabricants de produits contenant du cadmium devront apposer un pictogramme d'alerte sur les emballages.
L'opposition du gouvernement
Le gouvernement, par la voix de la ministre de la Transition écologique, a exprimé son opposition au texte, estimant que les mesures étaient trop contraignantes pour l'industrie et risquaient de nuire à la compétitivité économique. La ministre a également souligné que le respect des normes européennes était suffisant pour protéger la population. Cependant, les députés ont passé outre cet avis, soutenus par des associations de défense de l'environnement et de la santé, qui ont salué une avancée majeure.
Réactions et perspectives
Le député Julien Bayou a déclaré : « Ce vote est une victoire pour la santé publique et pour l'environnement. Le cadmium est un poison lent qui empoisonne nos sols et nos corps. Il est temps d'agir. » De son côté, l'Union des industries chimiques (UIC) a dénoncé une décision « irresponsable » et prévoit de saisir le Conseil constitutionnel. Le texte doit maintenant être examiné par le Sénat, où son adoption est incertaine. Si la loi est promulguée, la France deviendrait l'un des pays les plus stricts au monde en matière de régulation du cadmium.



