Un paradoxe climatique au Panama
Au Panama, pays tropical où il pleut huit mois par an, des milliers de foyers manquent d'eau potable. Selon une enquête de Libération, le phénomène s'aggrave, touchant aussi bien les zones rurales que certains quartiers de la capitale. Les précipitations annuelles dépassent souvent 2 000 mm, mais l'eau courante est absente pendant plusieurs semaines consécutives.
Les causes structurelles de la pénurie
La vétusté des infrastructures est pointée du doigt. Le réseau de distribution, vieux de plusieurs décennies, perd jusqu'à 40 % de l'eau par fuites. À cela s'ajoute une gestion défaillante de l'Institut national des aqueducs et égouts (Idaan), l'organisme public chargé de l'eau. Les investissements sont insuffisants, et les coupures non programmées sont fréquentes. En 2023, le gouvernement a déclaré l'état d'urgence dans plusieurs provinces.
Des conséquences sur la vie quotidienne
Les habitants doivent stocker l'eau dans des citernes ou acheter des bouteilles, ce qui pèse sur le budget des ménages modestes. Dans la communauté de San Miguelito, près de Panama City, les robinets restent à sec jusqu'à 15 jours par mois. "On nous dit qu'il pleut, mais l'eau n'arrive jamais", témoigne Maria Lopez, une habitante interrogée par Libération. Les écoles ferment parfois par manque d'eau, et les hôpitaux signalent des difficultés pour maintenir l'hygiène.
Un enjeu de santé publique
La pénurie favorise les maladies hydriques. Selon le ministère de la Santé, les cas de diarrhée ont augmenté de 30 % dans les zones touchées en 2024. Les autorités distribuent des pastilles de chlore, mais la solution est temporaire. L'Unicef a alerté sur la situation des enfants, particulièrement vulnérables.
Des solutions insuffisantes
Le gouvernement prévoit la construction de nouvelles usines de traitement et la réhabilitation du réseau, avec un budget de 500 millions de dollars sur cinq ans. Mais les travaux prennent du retard. Des organisations citoyennes réclament une gestion participative et la fin de la corruption dans l'Idaan. "Nous avons assez d'eau, mais elle est mal gérée", résume Juan Carlos Navarro, expert en ressources hydriques.
Un problème qui s'étend à d'autres régions
Le paradoxe panaméen n'est pas isolé. En Amérique centrale, plusieurs pays connaissent des pénuries malgré des pluies abondantes, en raison de la déforestation et du changement climatique. Au Panama, le phénomène El Niño a aggravé la situation en 2023, réduisant les réserves des barrages. Mais même les années normales, l'accès à l'eau potable reste un défi pour 15 % de la population, selon la Banque mondiale.



