Lyon-Turin : tunnelier au ralenti et sources fragilisées
Lyon-Turin : tunnelier au ralenti et sources fragilisées

Le chantier du tunnel ferroviaire Lyon-Turin, l'un des plus grands projets d'infrastructure en Europe, fait face à de nouvelles difficultés. Selon un rapport interne consulté par Le Monde, le tunnelier en action sur le site de Saint-Martin-la-Porte (Savoie) tourne au ralenti depuis plusieurs semaines en raison de problèmes techniques récurrents. Parallèlement, des études hydrogéologiques récentes révèlent que les sources d'eau potable dans la vallée de la Maurienne sont fragilisées par les travaux, suscitant l'inquiétude des riverains et des élus locaux.

Un tunnelier en panne à répétition

Le tunnelier, baptisé "Federica", a été immobilisé à plusieurs reprises depuis le début de l'année 2026. Selon le rapport, les pannes sont liées à l'usure prématurée des disques de coupe, qui doivent être remplacés plus souvent que prévu. Cette situation a entraîné un retard d'environ trois mois sur le calendrier initial, qui prévoyait le percement de 12 kilomètres de galerie d'ici fin 2026. À ce jour, seuls 8,5 kilomètres ont été creusés, soit 70 % de l'objectif annuel.

"Nous travaillons en étroite collaboration avec le fabricant pour résoudre ces problèmes techniques. Des pièces de rechange ont été commandées et des équipes supplémentaires ont été mobilisées", a déclaré un porte-parole de Tunnel Euralpin Lyon Turin (TELT), la société en charge du projet. Cependant, les experts estiment que les retards pourraient s'accumuler si les pannes persistent. Le coût supplémentaire lié à ces arrêts est estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros, selon une source proche du dossier.

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Des sources d'eau menacées

Parallèlement aux problèmes techniques, le chantier est confronté à des préoccupations environnementales croissantes. Une étude commandée par l'Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes et dévoilée en juin 2026 indique que les travaux de creusement du tunnel ont perturbé les nappes phréatiques dans la vallée de la Maurienne. Plusieurs sources utilisées pour l'alimentation en eau potable des communes de Saint-Martin-la-Porte et de Modane ont vu leur débit diminuer de 20 à 30 % depuis le début des travaux.

"C'est une situation alarmante. Les habitants s'inquiètent pour leur approvisionnement en eau, surtout en période estivale où les besoins sont plus importants", a réagi le maire de Saint-Martin-la-Porte, Jean-Pierre Girard. Des associations environnementales locales ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Grenoble pour demander la suspension des travaux jusqu'à ce que des mesures correctives soient mises en place. TELT assure avoir mis en œuvre un plan de gestion de l'eau, incluant le pompage et la réinjection dans les nappes, mais les résultats restent mitigés.

Un projet sous pression

Le tunnel Lyon-Turin, long de 57 kilomètres, doit relier la France à l'Italie et permettre le transfert d'une partie du trafic routier vers le rail. Le projet, dont le coût total est estimé à 8,6 milliards d'euros, bénéficie d'un financement européen à hauteur de 40 %. Cependant, les retards et les surcoûts pourraient compromettre l'échéance de mise en service, initialement prévue pour 2030. Selon un audit de la Cour des comptes européenne publié en 2025, le projet accuse déjà un retard de deux ans et un dépassement de budget de 1,2 milliard d'euros.

Les difficultés actuelles pourraient aggraver cette situation. "Chaque jour d'arrêt du tunnelier coûte environ 500 000 euros", précise une note interne de TELT. Les élus locaux, tout en soutenant le projet, appellent à une meilleure maîtrise des coûts et des délais. "Il est impératif que les travaux se poursuivent dans le respect de l'environnement et des engagements financiers", a déclaré le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez.

Réactions et perspectives

Face à ces difficultés, le gouvernement français a demandé un rapport d'étape à TELT, qui devrait être remis d'ici septembre 2026. Le ministre des Transports, Clément Beaune, a indiqué que "toutes les options sont sur la table pour garantir la réussite de ce projet stratégique". Du côté italien, le gouvernement de Giorgia Meloni a exprimé sa préoccupation et réclamé des garanties sur le respect du calendrier.

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Les associations environnementales, quant à elles, dénoncent un "projet pharaonique aux conséquences désastreuses". "Nous ne sommes pas contre le rail, mais contre un projet mal conçu qui ignore les réalités du terrain", a déclaré Marie Durand, porte-parole de l'association "Sauvegarde de la Maurienne". Le tribunal administratif de Grenoble devrait se prononcer sur le recours déposé dans les prochaines semaines.