Vallée de l'Hérault : préparation nécessaire au climat andalou de 2050
Vallée de l'Hérault : cap sur le climat andalou de 2050

Anticiper plutôt que subir. C'est l'ambition affichée par la Communauté de communes Vallée de l'Hérault (CCVH), qui a réuni ce lundi ses élus à Gignac pour un séminaire consacré aux transitions climatiques. Alors que la troisième canicule de l'année est annoncée en France, les interventions de Serge Zaka et d'Emma Haziza ont rappelé l'urgence d'adapter un territoire qui pourrait connaître, d'ici 2050, le climat de l'Andalousie.

Des températures records et un constat alarmant

Venu avec un ventilateur portatif, Serge Zaka n'aura pas tardé à climatiser une salle du Sonambule pleine à craquer. Loin d'un discours catastrophiste, ce sont pourtant ses mots, réalistes, qui auront parfois glacé l'ambiance. « 2026 a été marquée par la canicule la plus précoce en France. C'est aussi la plus intense jamais observée en juin », a-t-il déclaré. Face aux tendances, l'agronome et docteur en agroclimatologie analyse que « le Languedoc a un sérieux problème : l'assèchement des terres en raison d'un changement climatique. C'est clair et net », montre-t-il, diagrammes à l'appui.

Ce 29 juin, alors que la troisième canicule de l'année est déjà annoncée dans l'Hexagone, Jean-François Soto, président de la CCVH, a planté le décor du séminaire organisé dans la Vallée de l'Hérault pour imaginer le territoire de demain. Un « Territoire en transitions » confronté à de nombreux défis au cœur d'un bassin Héraultais qui pourrait avoir le climat actuel de l'Andalousie d'ici 2050. Objectif de la journée : sensibiliser les nouveaux élus à ces défis et planifier les actions à mener avec « pragmatisme et lucidité », a présenté le président.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des conséquences agricoles et hydrologiques majeures

Invites à nourrir la réflexion des élus, l'hydrologue Emma Haziza et Serge Zaka ont à la fois montré l'étendue de tendances climatiques incontestables, de leurs conséquences, et présenté des actions à mener dans un territoire qui est en première ligne sur ces questions. À condition de ne point trop tarder. Car face au mercure qui semble devoir grimper inexorablement, il faut « anticiper les impacts sur un territoire. Cela signifie, avant tout, d'anticiper le végétal », insistait Serge Zaka. Et le temps presse : « On a explosé le plafond des températures. En juin, dans le Maine-et-Loire, il a fait 43 ou 44 degrés pendant cinq jours », illustrait-il.

Incitant à diversifier et à adapter l'agriculture, il prévient : « dans un contexte d'évolution climatique, la vigne ne pourra plus être le seul pilier de l'agriculture locale ». Il est aussi urgent de creuser le sujet de l'hydrologie régénérative, une spécialité qui permet, notamment par la création de baissières et de haies, de retenir l'eau et de favoriser son infiltration.

Crues et canicules éclair : un cycle de l'eau perturbé

L'hydrologue Emma Haziza confirmait la nécessité de ralentir le cycle de l'eau (et de la stocker) dans un contexte global où chaque augmentation de température d'un degré provoque mécaniquement une augmentation du pouvoir d'évaporation de 7 %. Avec comme corollaire un risque d'emballement car la vapeur d'eau est le principal gaz à effet de serre. « En même temps que l'on peut avoir des phénomènes de crues éclair plus violentes, on va aussi avoir des phénomènes sécheresse éclair », avec de possibles effets de « sèche-cheveux » sur la végétation.

En France, « la sécheresse historique de 2017 » a été suivie d'inondations début 2018. « Nous avions démarré la phase estivale avec, en moyenne, 30 % d'excédent d'eau dans toutes les nappes de France. Mais lors de cet été 2018, il a suffi de trois semaines de canicule pour que, fin juillet, la sécheresse soit pire que celle de 2017. » Neuf ans plus tard, un scénario similaire pourrait se dessiner. « Nous avons eu trop d'eau cet hiver et nous percevons déjà les premiers signes d'une sécheresse qui s'installe. C'est ça le changement climatique. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une question de survie pour le territoire

Face aux dérèglements qui entraînent des risques d'inondations, de retrait gonflement des argiles, d'emballement thermique : « nous sommes face à un défi sans nom. Nous allons vivre de plus en plus de températures caniculaires. Nous sommes sur une question cruciale d'habitabilité », prévient-elle, invitant à travailler sur la désimperméabilisation des sols, sur une santé mentale mise à mal par des températures extrêmes ou encore sur la résilience alimentaire : « Aujourd'hui il faut réfléchir ensemble à la façon de pouvoir se nourrir localement. C'est une question de survie, les bascules sont rapides. »

« Après, il sera trop tard », a conclu Serge Zaka. Gestion de l'eau, santé, agriculture, alimentation, risque incendie… Les bouleversements climatiques lancent des défis vertigineux au territoire. Le pire serait de les ignorer. Le séminaire organisé par la CCVH vise au contraire à préparer le territoire à ces évolutions. « Vous êtes la dernière génération d'élus qui pourra, dans le temps imparti, changer les choses. Après, il sera trop tard. Il faut planter les arbres maintenant », a-t-il ajouté.