La sécheresse qui frappe la France révèle une vérité inconfortable : notre société s'est construite sur le mythe d'une eau abondante. C'est le constat d'Emma Haziza, hydrologue et fondatrice du centre de recherche Mayane, dans un entretien au Monde. Selon elle, les épisodes de sécheresse à répétition ne sont plus des exceptions mais la nouvelle norme, et il est urgent d'adapter nos infrastructures et nos comportements.
Une pénurie d'eau qui s'installe durablement
Cet été, plus de 80 départements ont été touchés par des restrictions d'eau, un record. Les nappes phréatiques sont à des niveaux historiquement bas, et certaines communes rurales dépendent désormais de camions-citernes pour l'eau potable. La situation est particulièrement critique dans le Sud-Ouest, où les sols sont secs jusqu'à plusieurs mètres de profondeur. Les prévisions météorologiques n'annoncent pas d'amélioration à court terme, et les experts s'accordent à dire que ces phénomènes vont s'intensifier avec le changement climatique.
Repenser notre rapport à la ressource
Emma Haziza souligne que notre modèle de développement a été bâti sur une illusion : celle d'une eau disponible en quantité illimitée. « Nous avons conçu nos villes, nos cultures et nos industries comme si l'eau était une ressource inépuisable. Aujourd'hui, cette conception est caduque », explique-t-elle. Elle appelle à une « révolution culturelle » qui passerait par une meilleure gestion de la ressource, la réutilisation des eaux usées, et une refonte des pratiques agricoles.
Des solutions concrètes à mettre en œuvre
Parmi les pistes évoquées, l'hydrologue insiste sur la nécessité de diversifier les sources d'approvisionnement, notamment par la récupération des eaux de pluie et la désalinisation pour les zones côtières. Elle préconise également de repenser l'aménagement du territoire pour limiter l'imperméabilisation des sols, favorisant ainsi l'infiltration naturelle de l'eau. En agriculture, elle recommande de privilégier des cultures moins gourmandes en eau et de moderniser les systèmes d'irrigation pour réduire les pertes.
Une prise de conscience collective
Au-delà des mesures techniques, Emma Haziza insiste sur la nécessité d'une prise de conscience collective. « Chacun doit comprendre que l'eau est un bien précieux et fragile. Les gestes du quotidien comptent, mais c'est surtout au niveau des politiques publiques et des entreprises que les changements doivent être engagés », affirme-t-elle. Elle appelle les citoyens à se mobiliser pour exiger des actions concrètes de la part des élus et des industriels.
La sécheresse actuelle agit comme un signal d'alarme. Selon une étude récente du CNRS, les épisodes de sécheresse pourraient devenir deux fois plus fréquents d'ici 2050 dans l'hexagone. Face à cette perspective, il devient impératif d'anticiper et de s'adapter. Les décisions prises dans les prochaines années détermineront notre capacité à faire face aux défis hydriques de demain.



