Le moustique tigre, vecteur de maladies comme la dengue, le chikungunya et le virus Zika, pourrait coloniser presque tout le territoire français métropolitain d'ici 2070. Selon une étude publiée dans la revue Global Change Biology, 95% de l'Hexagone serait alors exposé à cet insecte, contre environ 40% actuellement. Les chercheurs, issus du CNRS, de l'IRD et de Météo-France, ont modélisé l'évolution de l'aire de répartition de l'espèce en fonction de différents scénarios climatiques.
Actuellement, le moustique tigre est implanté dans la moitié sud de la France, principalement en région méditerranéenne et en Occitanie. Mais avec le réchauffement, il pourrait remonter vers le nord et gagner des zones aujourd'hui trop froides pour lui. Les projections les plus pessimistes, avec un réchauffement de 4°C d'ici 2100, montrent qu'il pourrait s'installer jusqu'en Bretagne et dans les Hauts-de-France. Même dans un scénario plus optimiste de +2°C, 80% du territoire serait concerné.
Un vecteur de maladies en expansion
La prolifération du moustique tigre inquiète les autorités sanitaires. En 2023, la France a enregistré plus de 3 000 cas de dengue importés et une soixantaine de cas autochtones, un record. Avec l'expansion du moustique, le risque de transmission locale augmente. "Le réchauffement climatique élargit la fenêtre de transmission des arbovirus", explique le professeur Didier Fontenille, entomologiste médical à l'IRD. "Les étés plus longs et plus chauds permettent au moustique de se reproduire plus vite et au virus de se multiplier plus rapidement dans l'insecte."
Le moustique tigre est particulièrement adapté aux environnements urbains. Il se reproduit dans les petites collections d'eau stagnante : coupelles de pots de fleurs, pneus usagés, gouttières mal entretenues. Sa dispersion passive via les transports (voitures, camions, trains) accélère sa colonisation de nouveaux territoires. Les chercheurs estiment que le facteur humain est aussi important que le climat dans la dynamique d'expansion.
Des actions préventives nécessaires
Face à cette menace, les experts appellent à renforcer les mesures de prévention. "Il faut agir dès maintenant pour limiter l'installation du moustique dans les zones encore épargnées", insiste Claire Duval, coordinatrice du plan national anti-dissémination du moustique tigre à la Direction générale de la santé. "Cela passe par la destruction des gîtes larvaires, la sensibilisation des citoyens et la surveillance épidémiologique renforcée."
Dans les régions déjà colonisées, des campagnes de démoustication sont menées chaque été, mais leur efficacité est limitée. Le moustique tigre étant résistant à de nombreux insecticides, la lutte repose principalement sur la prévention. Des projets de lutte biologique, comme l'utilisation de moustiques stériles ou de bactéries Wolbachia, sont en cours d'expérimentation.
Un impact sur la santé publique
L'expansion du moustique tigre pourrait entraîner une augmentation des cas de maladies vectorielles en France métropolitaine. Le ministère de la Santé a déjà mis en place un système de surveillance renforcée pendant la période d'activité du moustique (de mai à novembre). En 2024, le nombre de cas de dengue autochtone a dépassé les 100, un niveau jamais atteint auparavant.
Les coûts pour le système de santé pourraient être significatifs. Une épidémie de chikungunya en Italie en 2017 avait coûté environ 200 millions d'euros. Les chercheurs estiment qu'une épidémie similaire en France aurait des conséquences économiques majeures, sans compter l'impact sur la qualité de vie des personnes touchées.
Les scientifiques insistent sur l'urgence d'agir sur le changement climatique lui-même. "Chaque degré de réchauffement évité réduit le risque d'expansion du moustique", souligne le Dr Jean-Baptiste Ferret, co-auteur de l'étude. "C'est un enjeu de santé publique qui doit être intégré dans les politiques climatiques."
En attendant, les habitants des zones nouvellement exposées devront apprendre à vivre avec le moustique tigre. Les gestes simples comme vider les eaux stagnantes, couvrir les réservoirs d'eau et porter des vêtements longs restent les meilleures protections individuelles. Les autorités locales multiplient les campagnes d'information, notamment dans les villes du nord de la France où l'insecte est encore rare.



