Démission de Jason Arday de Cambridge : enquête sur ses qualifications
Démission de Jason Arday de Cambridge : enquête sur ses qualifications

Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l'histoire de l'Université de Cambridge, a annoncé sa démission le 5 août, alors que l'institution venait d'ouvrir une enquête sur ses qualifications et d'éventuels manquements à l'intégrité de la recherche. Cette affaire, qui mêle accusations de plagiat, controverses politiques et interrogations sur son parcours, est devenue un nouveau front de la guerre culturelle britannique.

Un parcours exceptionnel sous les projecteurs

Agé de 41 ans, Jason Arday est né de parents ghanéens dans un quartier populaire du sud de Londres. Diagnostiqué autiste à trois ans, il n'a appris à parler qu'à 11 ans et à lire et écrire qu'à 18 ans. Après un doctorat à Liverpool John Moores University en 2015, il a enseigné à Roehampton, Durham et Glasgow avant d'être recruté par Cambridge en 2023, devenant à 37 ans le plus jeune professeur afro-descendant de l'université vieille de huit siècles, qui ne comptait alors que cinq professeurs noirs.

Bhaskar Vira, vice-recteur chargé de l'éducation, l'avait alors qualifié de "chercheur exceptionnel" sur les questions de race, d'inégalité et d'éducation, estimant qu'il contribuerait "de manière significative à la recherche de Cambridge dans ce domaine et à la lutte contre la sous-représentation des personnes issues de milieux socio-économiquement défavorisés".

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Des accusations de plagiat et des interrogations sur sa thèse

En juillet, le Telegraph a rapporté que sa thèse de doctorat, soutenue en 2015, présentait plus d'une centaine de passages similaires avec celle de Paula Zwozdiak-Myers, soutenue à Brunel University six ans plus tôt. Ces accusations ont été portées notamment par Nathan Cofnas, philosophe formé à Oxford, connu pour ses positions controversées sur les différences de QI et ses critiques des politiques de diversité, ainsi que par David Harris, professeur émérite de Plymouth Marjon University, lui-même impliqué dans une controverse académique.

L'université de Cambridge avait d'abord défendu Arday, transmettant les plaintes à Liverpool John Moores University, qui avait conclu à l'absence de plagiat. Mais l'affaire a pris une tournure politique, ses soutiens dénonçant une campagne de dénigrement raciste, tandis que ses détracteurs estiment que l'examen de son parcours est légitime pour un professeur de cette institution.

Des affirmations biographiques remises en cause

Au-delà de ses travaux, plusieurs éléments de sa biographie sont désormais scrutés. Arday a affirmé avoir contribué à récolter 5 millions de livres sterling pour des œuvres caritatives en vingt ans, notamment grâce à des défis sportifs, et avoir couru 30 marathons en 35 jours ou parcouru 965 kilomètres en six jours. Il a ensuite rectifié ses déclarations, précisant que les fonds avaient été récoltés avec d'autres et que le défi de 965 kilomètres s'était étalé sur douze jours avec des jours de repos.

Dans une interview au Times, il a déclaré : "On parle du monde universitaire, là. Je n'ai tué personne. Je trouve la cruauté dont j'ai été victime et le fait de me présenter comme un menteur et un mythomane totalement inacceptable." Il affirme également avoir été victime de racisme à Cambridge, notamment des courriels racistes et une menace avec un couteau, mais cet incident n'a pas été signalé à l'université.

Une démission qui alimente les débats

Dans sa lettre de démission, Arday écrit que ce qu'il a vécu "va bien au-delà d'un simple désaccord entre universitaires", et qu'il a besoin de temps pour "redevenir moi-même". Sa chute est devenue un symbole pour les deux camps : les conservateurs y voient la preuve des dérives des politiques de diversité, tandis que ses défenseurs dénoncent un traitement discriminatoire envers les universitaires noirs.

Le Guardian, dans un éditorial, reconnaît que Cambridge a commis une erreur en ne vérifiant pas suffisamment son parcours avant de le présenter comme un symbole, au risque de "rendre un très mauvais service aux universitaires noirs et neurodivergents en général". L'université a annoncé modifier son système de recrutement, mais le débat reste ouvert.

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