Cette image a fait le tour du monde : un couple assis sous un parasol sur une plage de Lacanau, en Gironde, contemplant l’autre rive où la forêt flambe. Maximilien Lamy, le photographe, a confié au Nouvel Obs : « J’ai tout de suite vu ce couple et le paradoxe qu’ils incarnent. On a l’impression qu’ils sont face au spectacle du monde qui brûle. » Mais ce couple, c’est nous, pris entre l’insouciance des vacances et la réalité des incendies monstres.
Une saison en enfer
Le 24 juillet 2026, alors que le Cap-Ferret flambait, la Gironde vivait l’un des pires épisodes d’incendies de son histoire. Bilan provisoire : plus de 200 000 personnes évacuées, 42 000 hectares brûlés, et des villages entiers dévastés. Au Porge, 183 maisons sur 240 sont parties en cendres. Mais le feu n’a pas épargné les Landes, le Var, la Haute-Corse, la Drôme, le cap Fréhel en Bretagne, ni même 10 % de la forêt de Fontainebleau.
Les pompiers luttent héroïquement, mais les moyens habituels – notamment des Canadair en nombre insuffisant – ne sont plus à la hauteur. « Il est sans doute temps de mutualiser davantage les forces au niveau européen », souligne l’éditorialiste Grégoire Leménager.
Le déni climatique en accusation
Ce qui est clair, c’est que le réchauffement climatique décuple ces feux gigantesques, comme l’annoncent les scientifiques depuis des décennies. « Comment a-t-on pu mépriser à ce point leurs expertises ? » s’interroge Leménager. Les « demi-habiles » qui traitaient les climatologues de « charlatans de l’écologie » ou d’« écolo-alarmistes » portent une lourde responsabilité.
Il rappelle que dès 2002, Jacques Chirac lançait : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Aujourd’hui, nos maisons brûlent vraiment. Pourtant, le débat public reste pauvre : réduire l’urgence climatique à un manque de climatiseurs, comme l’a fait l’extrême droite, est une imposture. « On n’empêche pas des mégafeux avec des clims », écrit-il.
Un pacte national pour le climat ?
À moins d’un an de la présidentielle, l’éditorial appelle à écarter les candidats qui ne feront pas des enjeux environnementaux une priorité existentielle. L’anthropologue Elise Boutié alerte sur les mécanismes du déni, même après les pires catastrophes. Mais Cécile Duflot, présente dans les Landes, propose un « pacte national pour le climat », sur le modèle de Pedro Sánchez en Espagne. « Misons sur la solidarité et la conscience partagée que l’adaptation de nos modes de vie et l’atténuation de nos émissions de gaz à effet de serre sont une double nécessité », conclut Leménager. Face au feu, on ne se protège pas longtemps avec un parasol.



