Les mégafeux, ces incendies gigantesques et incontrôlables, sont en train de redéfinir notre rapport au feu. Selon un article récent de Libération, le concept de Pyrocène, popularisé par l'historien des incendies Stephen Pyne, décrit une ère où le feu devient la force dominante du changement planétaire. Ce n'est plus une simple métaphore : la multiplication des incendies extrêmes, du Canada à l'Australie en passant par la Grèce, annonce un embrasement généralisé.
Une augmentation spectaculaire des mégafeux
Les données scientifiques confirment une tendance alarmante. Selon le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), la fréquence des incendies de forêt a augmenté de 40 % au cours des deux dernières décennies. Les mégafeux, définis comme des incendies brûlant plus de 10 000 hectares, sont devenus monnaie courante. En 2023, le Canada a connu sa pire saison des feux jamais enregistrée, avec plus de 18 millions d'hectares partis en fumée. Cette augmentation est directement liée au changement climatique, qui assèche la végétation et prolonge les saisons sèches.
Le Pyrocène : une nouvelle ère géologique ?
Stephen Pyne, professeur à l'Université d'État de l'Arizona, a proposé le terme Pyrocène pour désigner cette période où les incendies modifient durablement les écosystèmes et le climat. Dans son ouvrage "The Pyrocene", il explique que l'action humaine a créé un "âge du feu" comparable aux précédentes transitions géologiques. "Nous entrons dans une ère où le feu devient le principal agent de transformation de la biosphère", déclare-t-il. Les incendies ne se contentent pas de détruire les forêts : ils libèrent des quantités massives de carbone, accélérant le réchauffement climatique et créant une boucle de rétroaction dangereuse.
Les conséquences d'un embrasement généralisé
L'embrasement généralisé, ce cauchemar évoqué par l'article, n'est pas une simple hypothèse. Les mégafeux produisent des nuages de fumée qui parcourent des milliers de kilomètres, affectant la qualité de l'air sur des continents entiers. En 2020, les incendies en Australie ont provoqué une pollution atmosphérique qui a causé des milliers de décès supplémentaires. De plus, les feux extrêmes menacent directement les habitations et les infrastructures. "Le scénario d'un embrasement généralisé est plausible si nous ne réduisons pas nos émissions de gaz à effet de serre", prévient la climatologue Valérie Masson-Delmotte.
Vers une nouvelle stratégie de gestion du feu
Face à cette menace, les gouvernements doivent repenser leur approche de la gestion des incendies. Les méthodes traditionnelles d'extinction sont inefficaces face aux mégafeux. Il est nécessaire de recourir à des brûlages contrôlés, de restaurer les écosystèmes résilients et de réduire les sources d'ignition humaines. En France, le plan "Forêt et bois" prévoit le débroussaillage et la création de coupures pare-feu, mais les experts appellent à des mesures plus ambitieuses. "Il faut investir dans la prévention et accepter que le feu fait partie de notre environnement", conclut l'article.



