Jean Jouzel : les candidats à la présidentielle n'ont pas pris la mesure du réchauffement climatique
Jean Jouzel : les candidats n'ont pas pris la mesure du climat

Jean Jouzel, climatologue de renom et ancien vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a livré une analyse sans concession sur l'état de la conscience écologique des candidats à l'élection présidentielle de 2027. Dans un entretien publié le 21 août 2026 par Le Monde, il affirme qu'« il n'y a pas chez les candidats à la présidentielle une véritable prise de conscience de la réalité du réchauffement climatique ».

Un constat alarmant sur le décalage entre discours et réalité

Selon Jean Jouzel, les programmes des prétendants à l'Élysée restent largement en deçà des enjeux. Il souligne que les mesures proposées, quand elles existent, ne sont pas à la hauteur des engagements pris lors de l'Accord de Paris de 2015, qui vise à limiter le réchauffement à +1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle. « On parle de transition écologique, mais on n'en tire pas les conséquences concrètes dans les politiques publiques », déplore-t-il.

Le scientifique rappelle que la France s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % d'ici 2030 par rapport à 1990, un objectif que le pays est loin d'atteindre selon les derniers rapports du Haut Conseil pour le climat. « Les candidats doivent comprendre que le réchauffement n'est pas une question parmi d'autres, mais qu'il conditionne tout le reste : l'économie, la santé, la sécurité alimentaire », insiste Jean Jouzel.

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Un appel à une mobilisation sans précédent

Pour Jean Jouzel, la campagne présidentielle de 2027 devrait être l'occasion d'un « sursaut collectif ». Il estime que les citoyens, de plus en plus exposés aux conséquences du dérèglement climatique (canicules, sécheresses, inondations), sont en avance sur leurs représentants politiques. « Il y a une attente forte de la société civile, mais les partis politiques peinent à traduire cette attente en propositions concrètes et ambitieuses », observe-t-il.

Le climatologue cite l'exemple des récentes vagues de chaleur en France, qui ont causé des milliers de décès supplémentaires chaque été, comme un signal d'alarme ignoré par le débat politique. « On ne peut pas continuer à faire comme si de rien n'était. Chaque dixième de degré compte », martèle-t-il.

Des solutions claires mais impopulaires

Jean Jouzel ne se contente pas de critiquer. Il propose des pistes concrètes : une fiscalité écologique renforcée, un investissement massif dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique des bâtiments, et une sortie progressive des énergies fossiles. « Ces mesures sont connues, techniquement réalisables, mais elles nécessitent un courage politique que les candidats n'ont pas encore montré », juge-t-il.

Il regrette que le sujet soit souvent relégué au second plan, derrière des thèmes comme le pouvoir d'achat ou l'immigration. « On oppose à tort la fin du mois et la fin du monde. La transition écologique est une opportunité pour créer des emplois, améliorer la qualité de vie et réduire les inégalités », assure-t-il.

Interrogé sur l'éventualité d'une candidature écologiste crédible, Jean Jouzel se montre prudent. Il salue l'engagement de certaines figures, mais estime qu'aucune n'a encore proposé un projet « systémique et cohérent » à la mesure de l'urgence. « Il ne s'agit pas de gagner une élection, mais de sauver l'habitabilité de la planète. C'est un changement de paradigme que nous devons opérer », conclut-il.

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