Alors que la monnaie disparaît progressivement des transactions, les serveurs français redoublent d’ingéniosité pour continuer à recevoir des pourboires. Le « pourboire numérique », accessible par QR Code, en ligne ou directement sur le terminal de paiement, se généralise dans les bars et restaurants. Cette méthode incite les clients à laisser un supplément de manière plus systématique, mais elle crée aussi un malaise, que les employés tentent de dissiper par l’humour, la personnalisation du service et de petits gestes commerciaux.
L’humour pour désamorcer la gêne du TPE
Employé dans un bar à jeux de Montpellier, Florian reconnaît que « c’est toujours tabou de parler de pourboires ». Sur les terminaux de paiement électronique (TPE), des montants sont suggérés – plus 5, 10 ou 20 % – ce qui pousse certains clients à se sentir contraints de donner. « J’ai toujours été mal à l’aise de proposer ça », confie-t-il. Pour lever cette gêne, il mise sur l’échange et l’affinité. « Fonctionner à l’humour, c’est quand même la base, ça décontracte tout le monde », assure Florian. Il raconte ainsi demander aux clients : « Si jamais l’un de mes collègues vous a mordu, je comprendrai que vous ne me laissiez pas de pourboire. »
Cette approche détend l’atmosphère et permet d’aborder le sujet sans pression. Selon Florian, le pourboire reste un sujet sensible, mais l’humour aide à le normaliser.
La personnalité du serveur, clé de 90 % du succès
Barman dans un établissement du centre commercial Odysseum à Montpellier, Gaël estime que « 90 % du travail se fait dans la personnalité du serveur : est-ce qu’il va être gentil, à l’écoute, avenant, aimable, ou est-ce qu’il va juste tirer la gueule tout le service et donc, rien avoir derrière ». Fort de son expérience, il affirme que plus un serveur a de métier, plus il sait ce que les clients attendent.
Camille, serveuse dans une brasserie du centre-ville de Montpellier, mise sur le contrôle de la table. « Je cherche à maîtriser ma table. Si les gens sont ouverts, je suis solaire et avenant. Mais à l’inverse, s’ils sont discrets et veulent rester entre eux, je me contente d’être propre et efficace et souvent, j’ai des belles surprises », détaille-t-elle. Elle insiste sur la connaissance des produits : « Je connais les produits et je sais en parler. Si je conseille bien, je serai rassurante et je serai récompensée. »
Petits cadeaux et repérage des touristes
Pour encourager la générosité, les serveurs n’hésitent pas à offrir des extras. Camille explique : « Un peu de chantilly en plus sur la crêpe ou sur la glace, un digestif offert en fin de repas… toutes ces petites choses peuvent faire des différences. »
Repérer le bon client reste selon Gaël la meilleure méthode. En France, où le pourboire est loin d’être une tradition, ce sont les touristes qui donnent le plus. « Quand il y avait des étrangers dans mon rang, j’étais content (rire). Car contrairement à nous en France, dans beaucoup de pays, le pourboire est presque obligatoire », se souvient-il. Selon Sunday, en Occitanie, le pourboire moyen s’élève à 21 euros par établissement et par jour.
Avec l’essor du pourboire sur TPE, donner pourrait devenir une habitude plus répandue en France. Les serveurs devront néanmoins continuer à afficher le meilleur des comportements pour obtenir cette précieuse commission.



