Le 28 octobre 2022, Emmanuel Macron annonçait, depuis un pupitre dédié aux sapeurs-pompiers, le remplacement des 12 Canadair et le passage à 16 appareils d'ici la fin du quinquennat, soit 2027. « C'est un volume de commandes inédit », déclarait-il. Mais en juillet 2026, la flotte n'en compte toujours que 12, et ils ont entre vingt et trente ans.
Une promesse présidentielle restée lettre morte
Le discours présidentiel de 2022 martelait la nécessité d'« investir massivement » pour adapter les moyens de la protection civile. Pourtant, les commandes fermes n'ont pas suivi. Deux Canadair supplémentaires ont bien été commandés dans le cadre du programme européen RescEU, avec une livraison prévue fin 2028. Deux autres, financés exclusivement par la France, sont attendus pour 2032 et 2033. Soit un retard colossal par rapport aux promesses initiales.
En février 2024, le gouvernement de Gabriel Attal a annulé l'achat de deux bombardiers d'eau, officiellement pour réaliser des économies, mais aussi parce que le constructeur canadien De Havilland n'avait pas ouvert de ligne de production. Une explication qui sonne creux : c'est le manque de commandes qui a freiné la reprise de la fabrication, comme le rappelle un article de TF1. « Arrêtée en 2015 par Bombardier faute de nouvelles commandes, la production des Canadair a été reprise par De Havilland Canada, qui en a aujourd'hui le monopole. Mais le constructeur attendait d'avoir suffisamment de commandes pour lancer la production de ses DHC-515. »
Des Canadair vieillissants et insuffisants
Alors que les mégafeux se multiplient – 42 000 hectares brûlés en Gironde, 220 000 personnes évacuées, 240 maisons détruites –, la disponibilité des Canadair est cruciale. Mais elle est très limitée. « Vendredi, on avait juste cinq Canadair disponibles, témoignait le week-end dernier Eric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l'aviation civile, dans Midi Libre. Ce samedi, sept. Deux avions ne sont pas sortis de maintenance hivernale alors qu'on est déjà fin juillet. Et pour les trois autres avions qui sont en panne aujourd'hui, la société chargée de la maintenance n'arrive pas à obtenir de pièces détachées. »
Les appareils en service ont été livrés entre 1994 et 2007. Le plus ancien frôle les trente ans, le plus récent a vingt ans. Une flotte qui, dans les années 2000, comptait 16 unités. « La France en avait 16 dans les années 2000, nous en avons perdu quatre. Ils n'ont jamais été remplacés », déplore Grégory Prats, pilote de Canadair, interrogé par franceinfo.
Un retard colossal dans le renouvellement
Ce pilote a raconté avoir dû puiser l'eau de la Seine pour éteindre l'incendie de Fontainebleau trois semaines plus tôt. « Je mesurais le tragique de situation. J'étais en train d'écoper sur la Seine, de prendre de l'eau qui avait coûté deux milliards d'euros aux Français pour une dépollution (NDLR : 1,4 million a été dépensé pour rendre le fleuve praticable à la baignade dans le cadre des Jeux Olympiques 2024 à Paris), alors qu'avec deux milliards, on peut acheter quinze Canadair et assurer dix ans de maintenance. »
Si De Havilland a finalement obtenu un quota de commandes européennes en 2024 pour démarrer sa production, le désengagement de l'État français a retardé le renouvellement de sa propre flotte. L'objectif est désormais d'atteindre 16 Canadair à l'horizon 2033, pour autant que les vieux modèles tiennent le coup.
Des parlementaires tirent la sonnette d'alarme
Dans un rapport d'information, la députée socialiste de Lozère Sophie Pantel et son collègue LFI Damien Maudet soulignent : « Ces hésitations entraînent un important retard dans le renouvellement de la flotte, pourtant plus que jamais nécessaire afin de garantir la disponibilité d'appareils aussi stratégiques que les Canadair face à l'intensification du risque incendie sur le territoire. » Ils recommandent à l'État de « clarifier rapidement la stratégie de renouvellement de la flotte des Canadair quant au nombre d'appareils commandés et leur calendrier de livraison ».
Entre critiques et contre-feux ministériels
Face aux critiques, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a réagi lors d'un point presse : « Je suis sidéré, effaré, de voir qu'on commente notre flotte aérienne en se contentant de parler des Canadair. Notre flotte est très diverse. […] On est passé de deux à huit Dash en très peu de temps, avec six Dash nouveaux entre 2019 et 2023. Il faut arrêter de dire que notre flotte n'a pas été renouvelée. » Les Dash, avec une capacité de 10 000 litres, viennent compléter les Canadair (6 000 litres). Mais pour les pilotes et les parlementaires, le renouvellement des Canadair reste un impératif face à l'aggravation des incendies.



