Alors que les flammes ont déjà ravagé plus de 42 000 hectares depuis le 22 juillet 2026 en Gironde et que le feu n'est toujours pas maîtrisé, l'avenir de la forêt des Landes de Gascogne est au cœur des débats. L'écologue Thierry Gauquelin, interrogé par nos confrères, appelle à une remise en question radicale du modèle sylvicole dominant : la monoculture intensive du pin maritime.
Un massif économique majeur en péril
La forêt des Landes de Gascogne s'étend sur 1,2 million d'hectares à cheval sur la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne. Elle constitue un pilier économique pour la Nouvelle-Aquitaine : la filière bois représente la troisième industrie régionale, avec 56 000 emplois et environ 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Or, 80 % de ce massif est planté en pins maritimes, une essence particulièrement inflammable et vulnérable face aux mégafeux aggravés par le changement climatique.
« Le modèle des pins maritimes en monoculture est voué à l’échec »
Pour Thierry Gauquelin, écologue spécialiste des milieux forestiers, la catastrophe actuelle est le signe d'un système à bout de souffle. « La monoculture de pin maritime, pensée au XIXe siècle pour fixer les dunes et produire du bois, n'est plus adaptée aux conditions climatiques extrêmes d'aujourd'hui », explique-t-il. Selon lui, ce modèle industriel favorise la propagation rapide des incendies et appauvrit les sols. Il préconise plutôt une régénération naturelle assistée, avec une diversification des essences locales (chênes pédonculés, chênes tauzins, bouleaux, etc.) et une gestion plus proche de la dynamique naturelle.
Reboiser ou laisser faire la nature ?
Face à l'urgence, certains appellent à un reboisement massif et rapide. Mais Gauquelin met en garde : « Planter à la hâte des pins maritimes, c'est reproduire les erreurs du passé. Il faut laisser la nature reprendre ses droits, tout en accompagnant le processus par des plantations d'essences variées. » L'écologue insiste sur l'importance de créer des îlots de feuillus pour créer des barrières naturelles contre le feu et restaurer la biodiversité. Il rappelle que les incendies de 2022 avaient déjà brûlé 30 000 hectares et que les solutions de court terme n'ont pas fonctionné.
Un débat qui dépasse l'environnement
L'enjeu n'est pas seulement écologique : toute la filière économique est concernée. La scierie et l'industrie papetière dépendent du pin maritime. Une transition vers une forêt plus diversifiée impliquerait des changements profonds dans les modes d'exploitation et de commercialisation du bois. Les syndicats de sylviculteurs redoutent des pertes d'emplois et une baisse de la rentabilité à court terme. Mais pour Gauquelin, « l'inauration coûtera bien plus cher à long terme, tant sur le plan économique qu'environnemental ».
Vers une forêt résiliente
Plusieurs pistes sont avancées pour l'avenir : désintensifier l'exploitation, allonger les rotations, introduire des essences méditerranéennes plus résistantes au feu et à la sécheresse. Certains expérimentent déjà la sylviculture mélangée à couvert continu. Gauquelin appelle à une politique volontariste : « Il faut des aides publiques pour accompagner les propriétaires vers une transformation durable, sinon les incendies à répétition finiront par tout détruire. » Le débat est lancé, alors que le feu n'est pas encore éteint et que 42 000 hectares de forêt sont partis en fumée.



