Forêt cobaye près de Marseille privée d'eau pour étudier le climat
Forêt cobaye près de Marseille privée d'eau pour le climat

À quelques kilomètres de Marseille, une parcelle de forêt méditerranéenne est devenue un laboratoire à ciel ouvert. Depuis plusieurs mois, les chercheurs du CNRS et de l'INRAE y simulent une sécheresse extrême en privant délibérément les arbres d'eau, afin d'observer en temps réel la réponse de l'écosystème face au réchauffement climatique. Ce dispositif unique en France, baptisé « Forêt cobaye », vise à anticiper les transformations des paysages du sud de l'Europe.

Un dispositif expérimental inédit

Le site, situé dans le massif de l'Étoile, est équipé de toiles imperméables installées sous la canopée pour intercepter les précipitations. Ces bâches, déployées sur une surface de 500 mètres carrés, détournent environ 60 % des pluies, reproduisant ainsi les conditions climatiques projetées pour 2050. Les scientifiques mesurent ensuite l'humidité du sol, la croissance des troncs, la transpiration des feuilles et le stress hydrique des arbres.

Selon le coordinateur du projet, Jean-Marc Limousin, chercheur au CNRS, « c'est la première fois en France que l'on prive volontairement une forêt méditerranéenne d'eau sur une aussi longue durée ». Les premières données, collectées depuis l'automne 2025, montrent déjà une diminution de 30 % de la croissance des chênes verts, l'espèce dominante du site.

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Des conséquences visibles à court terme

Après seulement dix mois d'expérimentation, les effets se font sentir. Les feuilles des chênes deviennent plus épaisses et plus petites, un mécanisme de survie pour limiter la perte d'eau. Certains arbustes, comme le romarin et la bruyère, montrent des signes de flétrissement. Les chercheurs estiment que si la sécheresse se prolonge, une partie de la strate herbacée pourrait disparaître, entraînant une modification de la biodiversité locale.

Le dispositif est conçu pour fonctionner sur cinq ans, avec une phase de réhydratation prévue à la fin de l'expérience. « Nous voulons comprendre comment la forêt se remet d'un épisode de sécheresse intense, explique Limousin. Cela nous aidera à identifier les espèces les plus résilientes et à orienter les futurs plans de gestion forestière. »

Un enjeu majeur pour la région méditerranéenne

Cette forêt expérimentale s'inscrit dans un contexte plus large : le bassin méditerranéen se réchauffe 20 % plus vite que la moyenne mondiale, selon le Giec. Les épisodes de sécheresse y sont déjà plus fréquents et plus intenses. En Provence, les feux de forêt ont détruit plus de 2 000 hectares en 2025, un chiffre en hausse de 40 % par rapport à la décennie précédente.

Les résultats de cette recherche pourraient avoir des applications concrètes pour les gestionnaires forestiers et les collectivités locales. En identifiant les espèces les plus vulnérables, les scientifiques espèrent aider à planifier des forêts plus résistantes, en mélangeant par exemple des essences plus tolérantes à la sécheresse.

Un financement public et des partenariats

Le projet, doté d'un budget de 1,2 million d'euros, est financé par l'Agence nationale de la recherche (ANR) et le programme européen Horizon Europe. Il associe également le parc national des Calanques et l'Office national des forêts (ONF), qui fournissent des données historiques sur la zone.

À terme, les données recueillies seront mises à disposition de la communauté scientifique et du grand public via une plateforme en ligne. Les chercheurs espèrent ainsi sensibiliser aux enjeux du changement climatique et encourager d'autres initiatives similaires en Europe.

Une première étape avant d'autres expérimentations

Fort de ce premier succès, l'équipe envisage d'étendre le dispositif à d'autres écosystèmes, comme les garrigues ou les pinèdes. « Chaque écosystème a ses spécificités, mais les mécanismes de réponse à la sécheresse sont souvent similaires », souligne Limousin. Un second site devrait voir le jour en 2027 dans le Var, avec un financement déjà partiellement obtenu.

En attendant, la forêt cobaye continue de livrer ses secrets. Les chercheurs rappellent que ces expériences sont essentielles pour anticiper les paysages de demain et adapter les politiques de protection de la nature.

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