Feux zombies : ce phénomène souterrain qui alarme les pompiers
Feux zombies : un phénomène souterrain qui alarme les pompiers

Les feux zombies, également appelés feux dormants ou feux d’hivernage, sont des incendies qui continuent de brûler lentement sous la surface pendant les mois froids, souvent dans des sols riches en matière organique comme les tourbières. Ils couvent sous la neige et la glace, puis refont surface au printemps lorsque les températures remontent. Ce phénomène, longtemps marginal, devient une préoccupation majeure pour les services de lutte contre les incendies, notamment dans les régions boréales.

Un phénomène amplifié par le changement climatique

Selon une étude publiée en 2023 dans la revue Nature, le nombre de feux zombies a augmenté de 30 % au Canada entre 2000 et 2020. Le réchauffement climatique, en allongeant les saisons sèches et en réduisant l’enneigement, crée des conditions propices à leur persistance. « Nous observons que les feux zombies deviennent plus fréquents et plus étendus à mesure que le permafrost fond et que les sols se réchauffent », explique le Dr. Jennifer Barnes, chercheuse en écologie du feu à l’Université de l’Alberta.

En 2023, un feu zombie dans la région de Fort McMurray a brûlé sous terre pendant tout l’hiver avant d’émerger en mai, détruisant plus de 5 000 hectares. Les pompiers ont dû utiliser des techniques spéciales, notamment l’injection d’eau et de mousse directement dans le sol, pour le maîtriser.

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Pourquoi ces feux sont-ils si dangereux ?

Les feux zombies sont particulièrement redoutables car ils sont difficiles à détecter et à éteindre. Ils se propagent lentement dans les couches organiques du sol, parfois à plusieurs mètres de profondeur, et peuvent resurgir des semaines après avoir été supposés éteints. « Un feu zombie peut passer inaperçu pendant tout l’hiver, puis réapparaître brutalement, prenant les équipes par surprise », prévient le capitaine Sylvain Lefèvre, porte-parole des pompiers de la Saskatchewan.

Ils libèrent également d’immenses quantités de carbone stocké dans les sols, contribuant ainsi au réchauffement climatique. Une étude de l’Université de l’Alaska a estimé qu’un feu zombie peut émettre jusqu’à 100 tonnes de CO2 par hectare, soit l’équivalent de 20 voitures en un an.

Des méthodes de lutte en évolution

Face à cette menace, les pompiers développent de nouvelles stratégies. L’utilisation de drones équipés de caméras thermiques permet de repérer les points chauds sous la surface. « Nous pouvons désormais cartographier les zones à risque avant le printemps et intervenir préventivement », explique le lieutenant Marie Dupont, experte en lutte contre les incendies de forêt.

En parallèle, des techniques de brûlage contrôlé sont testées pour réduire la charge de combustible organique. Les autorités canadiennes ont investi 50 millions de dollars canadiens en 2024 pour financer la recherche et l’équipement dédié aux feux zombies.

Un enjeu mondial

Si le phénomène est surtout documenté en Amérique du Nord et en Sibérie, il pourrait s’étendre à d’autres régions boréales, comme la Scandinavie ou la Russie. « Avec le réchauffement, les zones de permafrost diminuent, offrant de nouveaux terrains propices aux feux zombies », prévient le GIEC dans son dernier rapport. Les pompiers français, bien que moins confrontés à ce type d’incendie, suivent de près les avancées scientifiques pour adapter leurs méthodes.

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