Une doctrine historique remise en cause
La France a adopté au tournant des années 1990 une doctrine d’« attaque rapide des feux naissants ». Cette stratégie a permis de réduire considérablement les surfaces brûlées pendant des décennies. Cependant, la multiplication et l’intensification des incendies, notamment les mégafeux comme celui qui ravage actuellement la Gironde en 2026, remettent en question cette approche.
Christine Bouisset, géographe spécialiste de la gestion des risques à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, copilote une expertise collective du CNRS sur les interfaces ville-espace naturel face à la menace du feu. Selon elle, la doctrine actuelle ne pourra pas tenir face aux défis climatiques. « C’est comme mettre plus d’ambulances pour prévenir les accidents de la route », explique-t-elle, soulignant l’absurdité d’une stratégie qui se concentre sur l’extinction rapide sans s’attaquer aux causes structurelles.
Des moyens insuffisants pour tout éteindre
La géographe insiste sur un constat alarmant : les ressources en personnels et en matériels ne suffiront pas à faire face à tous les départs de feu. Avec le changement climatique, la saison des incendies s’allonge et les conditions deviennent plus extrêmes. En 2026, la Corse a connu des incendies dévastateurs, comme celui près de Biguglia le 25 juillet, nécessitant l’intervention de Canadairs.
Bouisset préconise de repenser la gestion des feux en intégrant davantage la prévention, la gestion des forêts et l’aménagement du territoire. Il ne s’agit plus seulement d’éteindre les feux naissants, mais de réduire la vulnérabilité des territoires. Elle cite en exemple les pratiques de débroussaillement obligatoire et la limitation de l’urbanisation dans les zones à risque.
Un changement de paradigme nécessaire
L’expertise collective du CNRS, dont la synthèse vient d’être publiée, met en avant la nécessité d’une transition vers une « culture du risque » partagée. Cela implique de mieux former les populations, de repenser les infrastructures et de favoriser des écosystèmes moins inflammables.
Le coût économique et humain des mégafeux devient insoutenable. Bouisset rappelle que les surfaces brûlées ont déjà augmenté de façon spectaculaire ces dernières années, avec des pics en 2022 et 2023. Si la doctrine actuelle a fait ses preuves dans un contexte climatique plus stable, elle montre aujourd’hui ses limites. La géographe appelle à un débat national pour adapter la stratégie française face à une menace croissante.



